Ça ne s’annonce pas vraiment palpitant. Discret tout au long de ce procès, le procureur Johan Droz poursuit, monocorde, sur cette ligne sobre et technique. Un réquisitoire sans fard et sans relief. Un exercice chirurgical. Tout au plus une minuscule introduction pour dire que ceux-là ne sont pas des bras cassés. «Si le colosse n’avait pas craché un chewing-gum sur place ou s’il n’avait pas tiré plus tard dans un bar, ce procès n’aurait pas eu lieu.» Cela n’en fait pas vraiment des génies du mal, mais bon…

Le procureur détaille les faits, les dates, les heures, les minutes, pointe les mensonges. C’est son rôle. Les juges, stylos hyperactifs, sont attentifs. Pas de doute, explique l’accusation, le tueur à gages a bien cru que sa victime était morte après l’avoir étranglée de ses puissantes mains durant plusieurs minutes et l’avoir vu s’effondrer. «Seuls des médecins légistes savent qu’une personne peut reprendre connaissance après ça.» Plus maintenant.

Un juge assesseur commence à s’assoupir. C’est mauvais signe. Il se reprend. Sans conviction.

Le contrordre que le mari instigateur dit avoir donné pour tout arrêter? Le procureur n’y croit pas. «Une théorie inventée de toutes pièces.» Et même si ce contrordre avait existé, il ne devrait pas avoir de conséquences juridiques car le gérant de fortune n’a rien entrepris pour s’assurer que son instruction a bien été transmise par son copain Duli aux deux autres compères.

Non seulement le prévenu n’a rien voulu arrêter, mais en plus, il a vu l’agression depuis la fenêtre de sa cuisine. Le procureur en a l’absolue conviction.

On arrive au chapitre des chiens. Incontournable. Si ceux-ci pouvaient parler, ils nous auraient expliqué pourquoi ils n’ont pas aboyé et ont ensuite gambadé sans plus d’agitation dans le jardin. La logique du bouledogue et des chihuahuas nous échappera à jamais. Johan Droz pense que les toutous sont restés silencieux car ils étaient enfermés à la cave.

Le mobile de tout ça? Le procureur ne cherche pas plus loin. C’est l’argent pour les trois Kosovars et c’est encore l’argent pour le mari qui ne voulait pas divorcer de sa riche épouse en y perdant des plumes. Il a un train de vie élevé et plus assez d’argent. On n’entend plus ce que le procureur dit. Le volume du réquisitoire a baissé. C’est très embêtant. Mais on devine. La mort de l’épouse aurait rapporté plus qu’un divorce.

Le procureur dépeint un esprit maléfique. Celui qui prépare minutieusement tous les détails allant jusqu’à accepter, peu avant le crime, le partage voulu par sa femme pour en faire un argument de défense. «C’est ça le fine tuning.» Et c’est vraiment très tordu.

Tous coupables donc. Plus surprenant. Le procureur dit aussi tous pleinement responsables. On devine ce qu’il pense de l’expertise psychiatrique concernant le mari et il laissera à Marc Bonnant le soin de la démolir. Etrange tout de même de ne pas avoir cité les experts à la barre, alors que leurs conclusions sont contestées.

Les peines devront être sévères! La couleur est annoncée. Le ton se fait plus ferme. La victime devait mourir et ce n’est pas grâce à eux qu’elle est encore en vie. Le procureur demande une peine de 16 ans contre le colosse, de 15 ans contre son accompagnant Tiki, de 13 ans contre le proche Duli et de 18 ans contre le gérant de fortune au dessein haineux. Rien de moins.

Avant la suspension, il y aura encore un moment de forte indignation. Celle de François Canonica, le défenseur de Duli. Il vitupère contre le procureur et sa demande d’arrestation immédiate du prévenu. Son client était le seul à avoir retrouvé la liberté provisoire après des aveux accablants pour les autres. Les décibels augmentent. Ceux qui s’étaient détendus vont sursauter. Ça promet pour ces prochains jours.

Les prévenus vont encore passer un sale moment cet après-midi avec ce qui sera un deuxième réquisitoire. L’intervention de Marc Bonnant, l’avocat de Nathalie.