Le oui très net à la LAT montre que jamais les Suisses n’ont pris autant au sérieux l’aménagement du territoire. Depuis qu’une première loi fédérale avait été rejetée de justesse, en 1974, les votations successives indiquent un soutien toujours plus large à une forme de planification qui permet en particulier de mieux protéger le paysage. La votation sur les résidences secondaires avait révélé la forte sensibilité pour les régions de montagne. Celle de dimanche l’étend à l’ensemble du Plateau: le mitage y a fait de tels progrès qu’on en est désormais à sauver ce qui peut l’être. Peut-être y a-t-il aussi dans l’acceptation par les Suisses de la LAT et de ses nouveaux outils, plus contraignants que les précédents, une part de mauvaise conscience: l’urbanisation rampante n’est pas seulement le fait d’un aménagement du territoire insuffisant ou de prix du logement chassant les gens des centres, mais aussi d’une aspiration d’une bonne partiede la population à l’habitat individuel, la vue sur la campagne et la mobilité sans limite. En tout état de cause, si l’on excepte le cas particulier du Valais, les Suisses ont écarté les arguments des organisations économiques qui ont mené le combat contre la loi. Ils estiment plutôt que la qualité du cadre de vie est une carte majeure pour le succès du pays et qu’elle doit être préservée. Les arguments d’une rare mauvaise foi tentant de faire dire à la loi le contraire de ce qu’elle vise n’ont pas davantage pris. Il y a certaines inconnues dans la mise en œuvre de la LAT. Celle-ci pourrait s’étendre sur des années dans certains cantons, tandis que d’autres ont anticipé en empoignant plus résolument la gestion du territoire. Son acceptation a une forte portée symbolique: un rejet aurait été une invitation à baisser les bras.