L'hypothèse commençait à circuler à Berne: la forte progression de l'UDC aux élections fédérales allait-elle inciter Ueli Maurer à se retirer du gouvernement? La question a été posée au conseiller fédéral samedi, en marge de l'assemblée des délégués du parti à Villeneuve. Le Zurichois refusant de s'exprimer à ce sujet, c'est le secrétaire général du parti, Martin Baltisser, qui répond à sa place: «Oui, il se met à disposition pour une nouvelle législature», assure-t-il au Temps.

Ueli Maurer reste en lice

Ueli Maurer va donc solliciter un nouveau mandat le 9 décembre. Et, s'il ne répond pas directement à la question, il a tout de même lâché devant les délégués: «Je me réjouis de ne plus être le seul conseiller fédéral UDC lors de vos prochaines assemblées.» Cela ne veut pas dire qu'Ueli Maurer, qui fêtera ses 65 ans le 1er décembre, restera en fonction jusqu'au terme de la législature, en 2019. On spécule en effet à Berne sur un possible départ en cours de mandat.

Plus que jamais, l'UDC revendique un second siège. «Nous voulons doubler notre représentation au gouvernement», confirme le chef du groupe parlementaire, Adrian Amstutz. Le parti devrait obtenir gain de cause. Samedi, dans Nordwestschweiz, le président du Parti vert'libéral, Martin Bäumle, a en effet confirmé que les partis du centre droit étaient mal placés pour revendiquer ce siège et présenter un candidat.

Prétendants absents

«Nous ne voulons pas uniquement un deuxième mandat. Nous voulons assumer les responsabilités que le peuple nous confie et que les autres partis nous demandent régulièrement d'exercer», poursuit Adrian Amstutz. Il précise que les travaux préparatoires de la commission de sélection interne, présidée par l'ancien conseiller d’État argovien Ernst Hasler, «avancent selon le calendrier fixé». Le délai pour le dépôt des candidatures court jusqu'au vendredi 13 novembre. Le lendemain, la commission de sélection, dont Adrian Amstutz fait partie, évaluera la situation et présentera les dossiers au comité du groupe parlementaire, qui se réunira le lundi 16 novembre. «Des candidatures évoquées seront retirées et de nouvelles seront déposées», pronostique le chef du groupe.

Si la perspective d'un second siège au Conseil fédéral a été très présente lors de l'assemblée de samedi, le contexte, lui, était particulier. La majorité des papables dont les noms ont été évoqués jusqu'à maintenant n'étaient pas présents à Villeneuve: pas de Heinz Brand (GR), pas de Hansjörg Knecht (AG), pas de Thomas Hurter (SH), pas de Roland Eberle (TG), pas d'Oskar Freysinger (VS). Les sections valaisannes de l'UDC se réuniront la semaine prochaine pour avaliser la candidature de ce dernier, explique Jérôme Desmeules, président de l'UDC du Valais romand.

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Seuls trois étaient présents: le Vaudois Guy Parmelin, officiellement entré en campagne vendredi, le Bâlois Thomas de Courten et le Schaffhousois Hannes Germann. L'absence des autres s'explique sans doute par la volonté d'échapper aux questions et aux pressions, la plupart d'entre eux devant encore confirmer leur intérêt à la commission interne de sélection.

Distinguer les réfugiés

En coulisses, on s'interroge déjà sur les chances d'une candidature romande. Le fait que les présidents du PS et du PDC, Christian Levrat et Christophe Darbellay, aient demandé une telle candidature semble semer le trouble au sein de l'UDC. On se dit que, si un Romand figure sur le ticket de l'UDC, il pourrait être élu au détriment d'un prétendant alémanique. Or, le parti ne souhaiterait pas une telle issue, entend-on. Adrian Amstutz critique d'ailleurs les «manoeuvres de diversion» qui accompagnent ce processus. «Nous avons toujours reconnu le droit au PS d'avoir deux conseillers fédéraux, et cela alors même que l'adhésion à l'UE et l'abolition de l'armée figurent dans son programme politique». Il attend donc des autres partis qu'ils ne se mêlent pas de la procédure interne à l'UDC.

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Pour le reste, l'assemblée a largement été consacrée à ce qui a produit son bon résultat électoral : les craintes suscitées en Suisse par la vague migratoire qui frappe l'Europe. «Il y aura près d'un million de migrants en Europe cette année. Il y a parmi eux des familles avec enfants qui fuient la guerre. Mais ces personnes ne seront pas pourchassées sur le long terme. Il faudra leur permettre de rentrer chez elles après la guerre. Mais il y a aussi de jeunes hommes que l'on peut considérer comme des réfugiés économiques», décortique Ueli Maurer, qui exprime ses craintes sur le fonctionnement du système Schengen. Le ministre de la Défense se défend d'enfreindre les règles de la collégialité. «Le Conseil fédéral a toujours dit que les réfugiés économique n'avaient pas droit à l'asile», explique-t-il.