Revue de presse

Un score miteux pour les Jeunes Verts suisses

L’initiative contre le mitage a été sèchement rejetée. Trop extrême, trop précoce, ce texte, disent les médias. Surtout dans un pays où les instruments législatifs existent et évitent déjà de mettre le feu au territoire

Dans l’environnement humain, la bestiole ci-dessus – la Tineola bisselliella, connue sous le nom de teigne commune des vêtements, ou mite des vêtements – peut causer d’importants et irréversibles dégâts sur les textiles, les fourrures, les objets en plumes, les collections d’insectes ou d’animaux naturalisés, avec, parfois, d’éventuelles pertes de matériel irremplaçable d’une importance esthétique, historique et scientifique. D’où son utilisation métaphorique par les Jeunes Verts suisses pour l’initiative sèchement rejetée ce dimanche, à presque deux tiers des votants.


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Ce texte contre le mitage du territoire, donc – tout le monde le dit – était trop extrême et arrivait trop tôt. Les médias suisses avertissent toutefois que le débat est loin d’être clos et que le sujet reviendra sur la table très vite. «Il n’y a pas eu d’effet climat», remarque d’emblée Le Courrier, à Genève: «Les milliers de jeunes dans la rue ces dernières semaines n’ont pas pesé, ou pas assez» sur le scrutin. Et de sortir la grosse artillerie idéologique: «Il est sans doute plus facile pour les votants de sanctionner les pratiques mafieuses de certains cantons alpins, qui attirent les oligarques russes et autres traders de la City à coups de passe-droits en matière de permis de construire, que de s’appliquer un minimum de discipline»:

La loi sur l’aménagement du territoire (LAT) suffit, ont scandé les stipendiés du lobby immobilier

Reste que pour ce quotidien-là, «la pression foncière est telle en Suisse, et particulièrement dans les grands centres urbains, que la moindre faille est immédiatement utilisée par des promoteurs dopés par l’appât du gain. […] Cette petite musique est tenace. Ne pas l’entendre serait une erreur. Sur le plan politique, d’abord, en termes de durabilité, surtout.» Aussi, trinquez, Messieurs les vainqueurs, mais soyez prudents, disent les images de la RTS:

«Interdire toute nouvelle création de zones à bâtir en Suisse aujourd’hui revenait à ajouter, à mi-parcours, 20 kilomètres de montée à des marathoniens qui n’avaient pas encore fini leur course à plat», commente Le Nouvelliste, en Valais, là où le rejet atteint des sommets, à presque 80% de non. Car «l’initiative contre le mitage avait l’impatience de la jeunesse verte […] et la rigidité de cette génération qui veut tout, tout de suite en tout entier». Et creuse, de ce fait, un fossé idéologique dans ce pays qui va lentement, selon la leçon qu’il y a à tirer du débat contradictoire entre Ilias Panchard (Jeunes Verts vaudois), membre du comité d’initiative, et Olivier Feller (PLR/VD), directeur de la Chambre vaudoise immobilière, proposé dimanche soir dans le Forum radiophonique de la RTS:

Pour le Corriere del Ticino, les initiants se sont «brisé les os», tandis que pour 24 heures aussi, dans le canton de Vaud, ils ont été «trop gourmands» et «se sont brûlé les ailes» avec un texte trop radical, en apportant «à une vraie question […] une réponse inadéquate». Cet échec redonne «du grain à moudre à ceux qui pensent que l’intérêt économique à court terme d’un bétonnage actif prime sur la vision à long terme de la préservation de notre environnement naturel. Tout ça juste avant que les débats sur la seconde révision de la LAT ne commencent aux Chambres fédérales.» Conclusion qui ne manque pas de poésie:

Pour continuer à être dans le pré, le bonheur va devoir se battre

Dans la même veine, Le Quotidien jurassien estime que l’initiative concurrençait la LAT, qui insiste sur la densification: «Alors qu’elle n’a pas encore déployé tous ses effets, cette loi exigeante a été jugée suffisante.» Cependant, «sensible à l’environnement et au paysage, la Suisse n’a pas fini de voter sur le sujet». Et attention, maintenant, car «les opposants à l’initiative […] seront jugés sur leurs actes», prévient La Liberté de Fribourg, après qu’ils ont défendu cette double idée allitérative du «Stop mitage»? «Stop mirage!»:

Pour autant, ce mirage ne donne pas un feu… vert au bétonnage accéléré connu ces dernières années

«Le soutien apporté par des villes, dont Fribourg, au texte des Jeunes Verts mérite attention. Il dénote non seulement une fibre «écolo-bobo» plus répandue au sein de l’électorat urbain, mais exprime sans doute une certaine inquiétude. […] A regarder pousser les grues et disparaître des espaces verts, les habitants de la capitale cantonale attrapent qui un torticolis, qui le tournis.» Pourtant, «même Zurich […] a émis un non sans appel. Par contre, un clivage ville-campagne se dessine en Suisse romande. Les villes de Genève, Lausanne, Neuchâtel, Fribourg, La Chaux-de-Fonds et Bienne ont soutenu l’initiative», relève ArcInfo.

La Neue Zürcher Zeitung, elle, estime que «les auteurs de l’initiative ont rendu un mauvais service à leur propre cause. Le non massif qu’ils ont provoqué avec cette discussion peut être interprété à tort comme un signal que la population ne veut aucune restriction. Cela fait le jeu de ceux qui veulent saper le principe péniblement acquis de la séparation de l’espace constructible et de l’espace non constructible.» En résumé:

Dans l’aménagement du territoire, on ne goûte pas les recettes radicales

Mais, encore une fois, prudence! C’est ce que recommande la Südostschweiz, comme à peu près l’ensemble de la presse d’outre-Sarine. Car si l’étalement urbain se poursuit sans être contrôlé, «le peuple réagira», «et soudain, les Jeunes Verts seront au bon moment, au bon endroit». «S’il n’est pas possible de maîtriser l’étalement urbain et si la volonté du peuple est piétinée, des solutions radicales pourraient trouver des majorités», avertit lui aussi le Blick.


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