Environnement

Un second Aminona fâche les écologistes en Valais

Alors que les travaux du Village Royal d'Aminona s’accélèrent, son ancien directeur Vladimir Marakutsa espère bâtir un nouveau complexe hôtelier de 23 chalets. Les organisations de protection de la nature dénoncent un contournement de la Lex Weber et une infraction à la nouvelle LAT

A Aminona, trois tours d’une dizaine d’étages surplombent la vallée du Rhône. Dix-huit autres n’ont jamais vu le jour parce que l’investisseur a fait faillite dans les années septante. Depuis plus de quarante ans, la commune de Mollens rêve de transformer ses alpages en luxueuse station touristique. Aujourd'hui, les travaux du méga-projet immobilier Aminona Luxury Resort and Village (ALRV) s'accélèrent malgré les oppositions. Cinq tours, quinze hôtels et quarante chalets : L'investisseur russe Evgueni Kogan souhaite ériger 1100 lits pour 650 millions de francs. Un autre promoteur russe espère bâtir un complexe hôtelier de 23 chalets dans la région. Vladimir Marakutsa n’est pas un inconnu sur le haut-plateau. Il dirigeait la société ALRV avant d’en être évincé par son compatriote.

Les promoteurs russes ont appris de leurs erreurs

Baptisé «Lodge de la reine», ce nouveau projet a été si discrètement mis à l’enquête publique en septembre 2015, que les associations de protection de l’environnement ne l’ont pas remarqué. Le 24 novembre dernier, la commune de Mollens a donc approuvé sans opposition le plan d’aménagement détaillé du lieu dit le «Clavio». «Les promoteurs russes ont appris de leurs erreurs», confie un proche du dossier. Le projet a été déposé par la société Val Development, fondée en 2010 par plusieurs anciens dirigeants d'ALRV. Gérée par le fiscaliste valaisan Paul-André Roux, ancien conseiller national et ancien administrateur de la société, elle est présidée par Vladimir Marakutsa, après avoir été dirigée par Maxim Temnikov, ancien actionnaire majoritaire de Mirax, la société qui est à l'origine du méga-projet immobilier.

98 chambres pour 80 millions de francs

A quelques dizaines de mètres à l'est du Village Royal, Vladimir Marakutsa entend construire 22 chalets et un bâtiment hôtelier réservé aux services. Il a déjà conclu des options d’achat exclusives avec les propriétaires des 9 parcelles concernées, qui représentent 25 000 m2. Deux d’entre elles sont toutefois situées en zone de danger d’avalanches. Sans compter les frais administratifs et les galeries souterraines qui doivent relier ces infrastructures, le projet de 98 chambres est devisé à plus de 70 millions de francs, auxquels il faut ajouter 9,35 millions pour l’achat des terrains.

La Lodge de la reine ne concurrence pas le Village Royal

Président de la commune de Mollens, Stéphane Pont soutient à la fois la Lodge de la reine et le Village Royal. Pour lui, «ces complexes sont complémentaires», même s’ils visent tous deux une clientèle étrangère fortunée. Directrice actuelle du projet ALRV, Anna Pozdyakova estime que «la Lodge de la reine ne constitue pas une concurrence». Elle souhaite «bonne chance» au promoteur, qui devra affronter de nombreuses oppositions.

Routes principales et secondaires, raccordements aux services publics et murs de soutènement : Les travaux du Village Royal ont timidement débuté en juin 2014 avant de s’intensifier. Les fondations des 15 immeubles hôteliers devraient sortir de terre au printemps 2017, malgré les victoires des organisations environnementales devant le Tribunal Fédéral. En 2014, il annulait les autorisations d’une douzaine de chalets qui nécessitent une digue de protection contre les avalanches, et de quelques autres, prévus trop proches de la forêt. En janvier 2016, il retardait l’érection des cinq tours, considérant que la commune ne pouvait pas autoriser un plan d'aménagement détaillé avant de réexaminer son plan général d’affectation des zones sous l’angle de la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire (LAT).

Pour les écologistes, Mollens doit d'abord réduire ses zones à bâtir

Helvetia Nostra, la Fondation Suisse pour la protection et l’aménagement du paysage (FP) et le WWF Valais recyclent l’argument pour s’opposer aux trois permis de construire sollicités par Vladimir Marakutsa. Selon ces organisations, la commune de Mollens doit au préalable réduire ses zones à bâtir surdimensionnées, comme deux tiers des communes valaisannes. Une étude réalisée par la FP en 2015 classe le site parmi les zones peu construites, qui devraient être dézonées prioritairement dans le cadre de la LAT.

C’est une manière de contourner la loi sur les résidences secondaires

Pour Roman Hapka, responsable romand de la fondation, le projet n’offre aucune garantie quant au respect de la loi sur les résidences secondaires : «Au contraire, il comporte un risque élevé d’abus alors qu’il y a plus de 70% de résidences secondaires à Mollens». Selon lui, «c’est une manière de contourner la loi». Dans le commentaire final de leur prise de position, les experts de la Société suisse de crédit hôtelier relèvent que «les chalets pourraient également être utilisés sans faire appel aux services hôteliers».

Ce discours agace le président de la commune de Mollens. Stéphane Pont juge «indéfendable» la politique des organisations de protection de la nature, qui «s’acharnent à préserver Aminona alors qu’une bonne partie du Village Royal se construira de toute façon». Déterminé à développer le tourisme sur le site, il juge que la commune devra trouver ailleurs les hectares constructibles dont elle devra se séparer. La fusion de Mollens avec ses trois voisins du haut-plateau prend effet au premier janvier 2017. Cette décision échoira sans doute à un nouvel exécutif.

Chef du service de l'aménagement du territoire, Damian Jerjen n’a pas encore analysé la situation. En expliquant avoir rendu les communes attentives à la nécessité de prendre des mesures «pour éviter que des constructions soient autorisées en dehors des futurs périmètres d’urbanisation», il convient que la décision du Tribunal fédéral au sujet des cinq tours d’Aminona doit être prise en compte, car «il s’agit de l'une des premières jurisprudences à propos de la nouvelle LAT».

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