Nouvelle piste dans l’affaire du gymnasien biennois arrêté au Kenya en mai. Un document d’identité suisse a été retrouvé sur un second homme, arrêté en même temps que lui et également soupçonné de soutien aux rebelles islamistes somaliens. Le permis C de ce militant est apparemment authentique mais ne lui appartient pas et a pu être volé ou donné, a appris Le Temps de sources bien informées.

« Dans ce deuxième cas, des papiers suisses ont été produits, qui ont sans doute été piqués à un compatriote somalien », précise une personne au fait du dossier. Ces documents trahissent peut-être l’existence d’une filière plus élaborée que ce que l’on imaginait entre la Suisse et les Shebaabs somaliens alliés à Al-Qaida.

D’autres détails émergent aussi sur le parcours de Majd N., le jeune Jordanien scolarisé à Bienne qui croupit dans une prison kenyane depuis trois semaines. Il prétend avoir été enlevé durant un an. Mais cette histoire ressemble curieusement à celle déjà servie à la police kenyane par un autre étranger, arrêté au Kenya peu avant lui pour avoir combattu avec les Shebaabs.

Selon une source qui suit l’enquête de près, Majd N. a effectué un périple d’une semaine de la Somalie au Kenya en compagnie d’un nommé Emra Erdogan. Cet Allemand se serait entraîné au Waziristan, le fief pakistanais d’Al-Qaida, et aurait combattu là-bas. Leur proximité suggère que Majd N. aurait pu jouer un rôle significatif dans la nébuleuse des djihadistes étrangers venus prêter main-forte aux Shebaabs.

Mais le jeune garçon semble avoir été un peu tendre pour cet environnement très rude, ce qui expliquerait son départ de Somalie. « Il en a vu sec », dit la source précitée, qui esquisse le quotidien de jeunes Européens perdus dans un pays dont ils ne parlent pas la langue, au climat torride, où les volontaires étrangers ne sont pas vraiment accueillis à bras ouverts par les islamistes locaux.

Le sort de Majd N. est désormais très incertain. A supposer que les Kenyans le laissent repartir, reviendra-t-il en Suisse? Le Département fédéral des affaires étrangères ne se prononce pas sur ce point, expliquant seulement que « la Suisse n’a pas été contactée par les autorités kenyanes concernant cette affaire ».

« On ne peut pas l’empêcher de rentrer et on ne peut par le renvoyer en Jordanie, conclut-on dans l’administration. Mais il n’y a pas de raison qu’on se batte pour le récupérer. »