Les milieux opposés à l’accord de libre circulation des personnes avec l’Union européenne, dont les Suisses doivent approuver la reconduction et l’extension à la Roumanie et à la Bulgarie ce week-end, ont-ils créé de toutes pièces un faux site internet pour attiser les craintes d’une «invasion» étrangère? C’est ce que soupçonne fortement le Tages Anzeiger, qui révèle ce mercredi quelques faits troublants à cet égard.

«Mieux vivre en Suisse»: tel est le slogan diffusé en gras par un site web rédigé en allemand qui invite les citoyens de l’Union européenne à «profiter des richesses» du pays, expliquant à quel point il est facile de s’y établir, relativisant au passage la cherté de la vie. Contre une «modeste contribution», l’internaute peut demander une comparaison des prestations sociales suisses, «très avantageuses», avec celles de l’Allemagne ou d’autres pays. Ces prestations sont si confortables que «vous n’aurez plus besoin de travailler», affirme le site. «Faites comme 350’000 autres citoyens européens: venez en Suisse et profitez-en!»

Le lien du site circule actuellement parmi ceux qui votent «non» à l’extension de la libre circulation des personnes, des lettres de lecteurs de membres ou sympathisants UDC y font référence, ainsi le secrétaire cantonal schwyzois Olivier Kessler.

Selon le Tages Anzeiger, il existe de forts indices que le site invitant les étrangers à se précipiter en Suisse a été conçu par des opposants à l’accord. Tout d’abord, il a été mis en ligne en décembre, au moment où débutait la campagne sur la votation. Ensuite, l’hébergeur du site, un certain Markus Gäthke de Gladbeck, se dégage de toute responsabilité et précise qu’il ne répond en rien de la qualité ou de la justesse des informations publiées. Celles-ci sont d’ailleurs étranges, la somme demandée pour un conseil plus poussé étant de 5000 francs, ce qui paraît élevé pour un récipiendaire de l’aide sociale allemande.

Par ailleurs, Markus Gäthke, qui se présente comme «consultant», semble être plutôt un web designer dont deux des cinq références clients menaient jusqu’à mardi après-midi à Reimut Massat, un proche du conseiller national UDC Lukas Reimann, un des moteurs de la campagne du «non» à l’accord bilatéral. Reimut Massat anime plusieurs sites internet contre la libre circulation au service de Lukas Reimann. Il est aussi directeur d’une société dont Reimann est administrateur.

Qui intoxique qui? Après que le quotidien alémanique a confronté les intéressés à ces étranges coïncidences, les références ont immédiatement disparu des pages web. Lukas Reimann réfute toute relation avec le site, relativise ses contacts avec Reimut Massat et accuse les activistes de gauche de lui avoir tendu un piège. Reimut Massat assure n’avoir pas travaillé avec Markus Gäthke depuis un an.

Contacté par le Tages Anzeiger, le secrétaire général du parti radical Stefan Brupacher se dit «choqué» et parle de «tromperie poltique».

Qui intoxique qui? Difficile d’avoir le fin mot de l’histoire à ce stade. La campagne sur la libre circulation est assez nerveuse, vu sa brièveté. A deux semaines du vote, le «oui» conservait une courte majorité (50% des intentions de vote selon le sondage gfs), contre 43% d’avis négatifs.