«Permettre aux étrangers, aux mineurs et à toute personne sans droit de vote de participer à la vie politique», voilà l’idée au cœur d’un projet innovant de fin d’études de deux diplômés de la Haute Ecole d’art de Zurich (ZHdK). Pour Daniel Holler et Vinzenz Leutenegger, les deux coconcepteurs, «de nombreuses personnes sont politiquement exclues de la politique suisse, à l’instar des étrangers, qui représentent 25% de la population, et des personnes de moins de 18 ans qui souhaitent avoir leur mot à dire, comme le montrent clairement les récentes grèves du climat».

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Mais comment faire légalement participer des individus qui n’ont pas le droit de vote? C’est là que la plateforme votetandem.org intervient, en permettant à ces personnes de rencontrer des électeurs suisses, à une date et dans un lieu préalablement convenus. C’est lors de ces réunions que les votants vont «transférer» leur voix à quelqu’un qui veut voter mais qui n’y est pas autorisé, et ce, après avoir trouvé un consensus sur le choix du vote. Pour des raisons légales, ce sera ensuite celui ou celle qui détient le droit de vote qui remplira le bulletin. «Personne n’est obligé à quoi que ce soit et les réunions peuvent être interrompues à tout moment», précise Daniel Holler. La plateforme a été mise en place pour les élections fédérales et VoteTandem utilise la technologie blockchain pour garantir la sécurité des données et l’indépendance de la plateforme.

Susciter un débat

Impliquer les non-votants dans le processus démocratique est une manière de dénoncer l’abstention qui existe du côté des électeurs, «avec seulement 48,5% de participation aux élections de 2015», expliquent les deux créateurs, qui veulent ainsi «combler le déficit démocratique existant». La création de leur plateforme a pour objectif de «susciter un large débat sur le thème du droit électoral en Suisse», explique Daniel Holler. La proposition d’abaisser le droit de vote à 16 ans et de l’ouvrir aux étrangers de Suisse n’est pas nouvelle dans le débat, et des politiciennes comme la conseillère nationale Ada Marra (PS/VD) y sont favorables. «Je suis plus pour étendre le droit de vote, plutôt que de remplacer ou de céder sa voix comme le propose la plateforme», réagit-elle.

«Améliorer la démocratie»

Les électeurs qui cèdent leur voix seraient «idéalement des personnes qui votent rarement et qui participeraient ainsi indirectement à la vie politique, ce qui permet d’améliorer la démocratie», commente Vinzenz Leutenegger. Pour Daniel Holler, les rencontres organisées constituent également une aide pour les citoyens suisses: «Certaines personnes ne se sentent pas en confiance pour parler de politique et voter; ces discussions peuvent les aider.» Les concepteurs de la plateforme ont pu constater un réel intérêt de la part des personnes sans droit de vote, «qui sont très heureuses de pouvoir participer politiquement à leur manière». Les élections fédérales représentent un premier grand test pour VoteTandem, qui pourrait être par la suite disponible «pour chaque votation et chaque élection».

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