Son seul carburant, dit-il, c'est vouloir la vérité et réparer l'injustice dont il s'estime la victime. Jorge Resende a été licencié le 29 février avec effet immédiat par la Radio suisse romande (RSR). Il venait de divulguer à tous les employés et au public qu'un cadre de la radio avait téléchargé des images pédophiles sur son ordinateur professionnel. Il accusait la RSR de ne pas avoir dénoncé le cas à la justice. La direction motiva le renvoi par la violation de la confidentialité, ayant entraîné une grave rupture de confiance.

Depuis son licenciement, l'informaticien réclame sa réintégration. Aujourd'hui, Jorge Resende étonne et divise ceux qui l'ont d'abord soutenu vigoureusement. Son refus de participer à l'enquête ordonnée à la RSR par le conseil d'administration de la RTSR n'est pas bien compris. Jorge Resende ne veut pas répondre au juge Jacques Reymond tant que son statut contractuel n'est pas au moins identique à celui du cadre qui a téléchargé les images pédophiles. Ce dernier a été suspendu le temps de l'enquête pénale le visant. Resende, lui, a été licencié. La RSR proposait de lui payer son salaire le temps de l'enquête, mais l'informaticien a refusé sec. Il réclame sa réintégration, ni plus ni moins.

En participant à l'enquête, ont vainement argumenté des collègues, Resende montrerait à tous qu'il n'a rien à cacher. Il pourrait apporter la preuve qu'il a été acculé à briser la confidentialité par les prétendues maladresses de la direction de la RSR. Drapé dans la posture du chevalier blanc, l'informaticien préfère poursuivre sa croisade sur son site internet. L'étape suivante, a-t-il annoncé hier, démarrera le 13 mai: il installera un sit-in devant la radio à Lausanne. Et si nécessaire, dès le 13 juin il entamera une grève de la faim jusqu'au coup de sifflet final de l'Eurofoot. Il espère sensibiliser le public suisse et des médias étrangers.

Pétition lancée

Pour appuyer ce baroud, une pétition est lancée par un comité de soutien auquel participent une vingtaine de collaborateurs de la RSR. Le Syndicat suisse des médias (SSM) précise qu'il n'est pas impliqué dans le sit-in mais il réaffirme son soutien à Resende, qualifie son licenciement d'«abusif» et plaide pour sa réintégration: une mesure qui donnerait du crédit à la «reconstruction» proposée par la direction et que le personnel de la RSR s'apprête à négocier.

Une «commission de reconstruction» est en gestation. Selon un projet de mandat encore en discussion, elle devrait réunir huit personnes, quatre issues de la direction, quatre du personnel. L'Association des cadres est invitée à occuper un des sièges dévolus à la direction. Le personnel doit décider qui le représentera. Seulement des délégués du SSM? Ce n'est pas certain. Il reste à sceller un consensus sur le profil et le nom de son président. Faut-il un expert extérieur recruté comme médiateur ou une personne choisie à l'interne pour son autorité et son intégrité reconnues par tous? Seule certitude: le directeur Gérard Tschopp s'interdit de siéger dans la commission: «Je ne veux pas être un obstacle à un débat que je souhaite sans tabou mais constructif.» Hier, le SSM a évoqué un processus «fragile» mais souhaitable pour obtenir «des changements fondamentaux» dans les rapports de travail au sein de la RSR.