Enquête

Un sondage controversé donne «No Billag» gagnante

La méthodologie employée par l’institut d’études en ligne Marketagent exclut les personnes de plus de 65 ans. Un biais statistique qui interpelle

Selon une enquête de l’institut Marketagent, 57% des sondés voteraient oui à l’initiative populaire «No Billag», 34% s’y opposeraient et 9% seraient indécis. Les conclusions de ce sondage diffusé ce week-end par Le Matin Dimanche et le journal alémanique SonntagsZeitung ont fait le bonheur des détracteurs de la redevance radio-TV. La méthodologie utilisée par la branche suisse de l’institut autrichien, inconnu du paysage médiatique, suscite pourtant des réserves.

5% des sondés âgés de 14 à 19 ans

«Votez et gagnez»: le slogan marketing de l’institut de sondage rémunéré qui dit «réaliser 1000 études en ligne par an» annonce la couleur. L’enquête sur «No Billag» a été effectuée en ligne du 17 au 27 novembre auprès de 1010 Suisses de moins de 65 ans, francophones et alémaniques uniquement. Le rapport mentionne que 5% des sondés avaient entre 14 et 19 ans. Comment expliquer le recours à des mineurs, et l’exclusion de la catégorie la plus âgée de la population?

Jürg Gujan, directeur de la branche suisse de Marketagent, évoque une «erreur» de publication. «Nous avons autofinancé cette étude dite omnibus, menée pour le compte de plusieurs mandants, précise-t-il. Ces derniers ont défini un panel d’âge de 14 à 65 ans. Lors du sondage, nous n’avons tenu compte que des 18-65 ans, mais avons oublié de modifier les données standardisées en conséquence.»

Biais statistique

«C’est dommage, estime Christoph Müller, copropriétaire de l’institut de recherches économiques et sociales M.I.S Trend. Cette exclusion, bien qu’assumée, introduit un biais problématique. Non seulement les personnes de plus de 65 ans votent massivement, mais ce sont probablement aussi elles qui manifestent le plus grand attachement envers la SSR.» Selon l’OFS, quelque 1,5 million de seniors vivaient en Suisse en 2015, soit environ 18% de la population.

Selon Christoph Müller, rémunérer les participants en ligne est une «manière de faire des sondages qui nécessite des précautions». Avec le risque «d’attirer les gens pour l’argent et de fausser le panel». Chez M.I.S Trend, les participants sont majoritairement recrutés par téléphone. La rémunération s’effectue généralement sous forme de don ou de tirage au sort.

Echantillon trop restreint

Peut-on considérer l’étude de Marketagent comme sérieuse? «Difficile de se prononcer sans avoir le détail du questionnaire, juge Christoph Müller. On ne peut pas parler de tricherie ni d’arnaque, mais la méthodologie employée limite les conclusions. On peut toutefois relever que l’article paru dans Le Matin Dimanche donne une prévision concernant la majorité des cantons, obstacle que l’initiative devra franchir pour être acceptée. Or, la taille de l’échantillon consulté durant le sondage est nettement trop petite pour permettre une telle analyse.»

Pourquoi ne pas avoir fait appel à l’institut Gfs, M.I.S Trend, ou encore aux sondages de Tamedia, qui décryptent souvent les objets de votations fédérales? «Il n’y avait pas d’autres équivalents», explique Denis von Burg, journaliste à la SonntagsZeitung, qui précise qu’il ne s’agit pas de la première collaboration avec Marketagent. «Nous avons pu choisir certains aspects du questionnaire, mais n’avons pas payé pour», ajoute-t-il. Quant au panel d’âge retenu, Marketagent leur a assuré qu’il «n’influençait pas la fiabilité du sondage».

Dossier La controverse «No Billag»

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