Tout indique que l'UDC risque de se retrouver isolée dans son combat acharné contre l'accord de Schengen. Si l'on en croit son secrétaire général, Guido Schommer, le PRD devrait «dire un oui très clair» à ce traité de coopération policière et le PDC y est lui aussi favorable. Contrairement à l'UDC, dont la décision d'exiger une consultation populaire cache mal une réelle volonté de dire non à ce texte, les deux autres grands partis du camp bourgeois ne se prononceront cependant que lorsque les neuf nouveaux accords bilatéraux auront été discutés par le parlement. Ils n'en parleront donc que l'année prochaine. «Au début des négociations, il y avait un certain scepticisme dans nos rangs. Mais cela a changé. On ne connaît pas encore le détail des accords, mais le résultat politique laisse penser que les avantages l'emportent sur les inconvénients», poursuit Guido Schommer.

L'institut de sondage GfS, qui a interrogé 1001 personnes durant les trois premières semaines de juin, conclut lui aussi que le climat est aujourd'hui plutôt favorable. «Si une votation populaire avait lieu immédiatement après la fin des négociations de ces accords, le résultat global serait très vraisemblablement accepté», analyse l'institut, dirigé par le politologue Claude Longchamp. 51% des personnes questionnées glisseraient un oui dans l'urne, alors que 17% affirment y être opposées. Ceux dont la sensibilité politique est proche des socialistes, des démocrates-chrétiens et des radicaux sont favorables à la signature des accords de Schengen (coopération policière) et de Dublin (coopération en matière d'asile). Quant aux partisans de l'UDC, ils seraient 38% à partager l'avis du parti alors que 44% disent vouloir quand même soutenir la participation de la Suisse à ces deux forums de coopération.

Il est certes prématuré d'en tirer des conclusions, ne serait-ce que parce que le détail des neuf contrats bilatéraux n'est pas encore connu. Cette enquête montre néanmoins que l'UDC ne pourra guère compter sur l'appui des autres grands partis politiques et qu'elle doit même s'attendre à affronter des divergences dans ses propres rangs. Voilà qui tranche avec l'impression générale qui s'est dégagée de l'assemblée du parti, samedi à l'Albisgüetli zurichois (LT du 28.06.2004). A une écrasante majorité de 344 contre 11, soit 97%, l'UDC a confirmé le lancement d'un référendum au cas où le Conseil fédéral ne proposerait pas lui-même d'organiser une consultation populaire obligatoire. Le Valaisan Oskar Freysinger, qui samedi a endossé l'habit de l'accusateur public, ne s'est pas privé d'arguer, pour rappel, qu'en 1999 le Conseil fédéral disait que Schengen équivalait à un «transfert de souveraineté vers un organisme supranational».

Les pourparlers bilatéraux ont modifié cette perception de l'accord. Pour Guido Schommer, ce traité «apporte des améliorations dans les domaines de la sécurité et de l'asile», sans oublier qu'il assure la confidentialité des relations bancaires. «On ne peut pas nier que la situation de la place financière joue un rôle», concède-t-il. Il relève au passage que l'un des parlementaires bourgeois les plus sceptiques, un certain Hans-Rudolf Merz devenu entre-temps conseiller fédéral, a changé d'avis et défend désormais le oui. A ses yeux, l'UDC va très vite se trouver dans une situation difficile: «Elle se rend bien compte qu'on peut défendre l'accord de Schengen avec des arguments crédibles et que les adaptations futures de celui-ci n'échapperont pas au processus démocratique», relève-t-il non sans une pointe d'ironie. Interrogé par le Blick, le président de la Confédération Joseph Deiss a par ailleurs appelé son collègue Christoph Blocher à soutenir l'accord de Schengen et à cesser de laisser transparaître ses ostensibles doutes.

Le sondage de l'institut GfS a porté le débat un peu plus loin et jeté un regard du côté d'une éventuelle adhésion de la Suisse à l'UE. 36% des opinions exprimées considèrent que la non-appartenance à l'espace communautaire comprend plus d'inconvénients que d'avantages, alors que 32% préfèrent rester à l'extérieur de l'UE. L'enquête montre par ailleurs que 59% des personnes interrogées seraient prêtes à soutenir l'extension de la libre circulation des personnes aux nouveaux Etats membres en cas de référendum, contre 26% d'avis négatifs.