Adolf Ogi a sa place au Conseil fédéral, mais il doit quitter son parti, l'Union démocratique du centre (UDC). C'est le verdict d'un sondage réalisé pour le compte du SonntagsBlick et publié dimanche. Le conseiller fédéral bernois peut garder le sourire: sa cote de popularité est excellente. Le public apprécie sans doute qu'il se soit battu comme un lion pour la candidature olympique de Sion; l'opinion prend aussi certainement la défense du politicien malmené, voire ridiculisé par les extrémistes de l'UDC. Un avertissement qui devrait faire réfléchir Christoph Blocher, l'homme fort de l'UDC.

Vendredi soir encore, lors de l'émission de télévision, Arena, Adolf Ogi s'est fait brocarder par des lieutenants de Blocher. Ulrich Schlüer et Hans Fehr, tous deux conseillers nationaux, n'ont pas manqué de ricaner en public de «leur» conseiller fédéral. Adversaires résolus de toute intégration européenne de la Suisse, hostiles à l'envoi de soldats armés à l'étranger, ces durs de l'UDC concèdent qu'ils s'accomoderaient de la démission d'Adolf Ogi du Conseil fédéral. Une telle issue n'aurait «rien de tragique», sourient-ils.

La montée en puissance de Christoph Blocher au sein de l'UDC met le conseiller fédéral Adolf Ogi en situation inconfortable depuis des mois. Le soutien apporté par le tribun zurichois à une nouvelle initiative populaire qui veut donner tout le pouvoir au peuple en courcircuitant les institutions réactualise ces tensions.

Ainsi les médias alémaniques ne se sont-ils pas privés de donner des conseils au politicien bernois. Le Tages Anzeiger a appelé Adolf Ogi à démissionner de l'UDC. La Neue Zürcher Zeitung lui a plutôt recommandé de lier son élection à la présidence de la Confédération pour l'an 2000 à plusieurs conditions que son parti s'engagerait à respecter; si le Rubicon devait être franchi par l'UDC, alors Adolf Ogi devrait démissionner du Conseil fédéral. Quand au sondage du SonntagsBlick, il sonne comme une invitation à suivre la vox populi: Monsieur le conseiller fédéral, démissionnez de l'UDC et siégez au gouvernement sans attache partisane!

Le principal intéressé est conscient de l'atout que constitue sa popularité. «Chaque conseiller fédéral a une dimension suprapartisane et il ne siège pas au gouvernement pour son propre parti», déclare-t-il dans le SonntagsBlick. Mais son propre sort n'est pas seul en question. C'est aussi l'avenir des sections modérées de l'UDC – la bernoise, la grisonne, la fribourgeoise et la vaudoise – qui se joue. Leurs membres ne se reconnaissent plus du tout dans le courant isolationniste de Christoph Blocher désormais dominant au sein de l'UDC. Alors que faire? Un scénario se discute à Berne: les sections progressistes de l'UDC pourraient unir leurs forces à celles du Parti libéral suisse; on assisterait à la création d'une nouvelle formation de droite, profondément libérale et proeuropéenne, dont Adolf Ogi serait le leader. Des premières discussions exploratoires auraient déjà eu lieu entre les deux parties. Affaire à suivre.