Une bonne moitié des étudiants accepterait de payer près de deux fois plus cher leur année de cours. C'est ce qu'indique un sondage de l'Association des étudiants des hautes écoles suisses (AES), publié en plein débat, vigoureux, sur le financement de la formation supérieure. Des négociations ont lieu ces temps entre représentants des étudiants et autorités fédérales.

Né d'une scission au sein de l'Union nationale des étudiants de Suisse (UNES), l'organisation historique, l'AES regroupe les représentants des deux écoles polytechniques fédérales (EPF) et de l'Université de Saint-Gall. Plus de 5500 jeunes de ces trois écoles, Suisses et étrangers, ont répondu à son questionnaire. La synthèse enseigne en préambule que le budget moyen d'un étudiant est de 1600 francs par mois. 35% d'entre eux vivent encore chez leurs parents, mais ceux-ci contribuent à 70% de leurs frais. Au moins la moitié travaillent à côté de leurs études. Les boursiers représentent 15% du total, ceux qui ont souscrit un prêt 6%.

La question des taxes constitue évidemment le plat de résistance. «Un sujet très sensible», observe le président de l'AES, Alexandre Aellig: les commentaires personnels ajoutés au questionnaire se sont étalés sur plus de 160 pages. En janvier, des lobbies économiques préconisaient de faire passer les taxes de 1200 francs, la moyenne annuelle actuelle, à 5000 (LT du 21.01.2004). Cela dégagerait quelque 500 millions de francs permettant de mieux doter les bourses d'études et d'améliorer les conditions d'études. Un tel montant ne trouve pas grâce aux yeux des jeunes. Seul un sur dix estime pouvoir s'en acquitter. Près d'un tiers aurait choisi une autre voie si les hautes écoles demandaient autant, tandis que 39% auraient «choisi un autre moyen de financement», perspective plutôt vague. Une telle augmentation permettrait certes d'engager 800 professeurs, mais viderait un tiers des auditoires: l'AES émet ses doutes. «La difficulté se situe moins chez les plus défavorisés, qui peuvent obtenir une bourse, que chez les classes moyennes se situant juste au-dessus du seuil», indique Alexandre Aellig. L'approche des jeunes n'est toutefois pas dogmatique: plus de la moitié accepterait de payer près du double du montant actuel, autour de 2100 francs. A la condition, précise l'AES, que ces sommes servent bien au financement de bourses supplémentaires ainsi qu'à l'encadrement, et non à garnir les caisses publiques.

Le sondage s'intéressait aussi à la question de la mobilité, évoquée ces temps à propos des nouveaux titres de bachelor et master, censés la favoriser. Là, les étudiants ne cachent pas leur scepticisme. Ils sont certes plus de 60% à vouloir passer un semestre ou plus à l'étranger en première année. La palme revient à l'EPFL, où 38% le font réellement durant leur cursus, contre 27% à l'EPFZ. Mais s'il s'agissait d'aller préparer son master dans une autre université, en Suisse ou à l'étranger, les avis sont bien plus tièdes. Parce qu'ils veulent obtenir un titre de leur propre université ou, surtout, pour des raisons financières, une majorité n'envisage pas une telle démarche.

Ces résultats doivent être nuancés dans la mesure où les écoles concernées ont des programmes plutôt scolaires. Les réponses en sciences sociales auraient sans doute été différentes – davantage d'étudiants y exercent une activité lucrative durant leur cursus, par exemple. Reste que cette initiative donne des arguments à l'AES, qui entre en matière sur une hausse des taxes mais demande la création d'un système de bourses au niveau fédéral. Elle exige aussi que les taxes soient du même montant dans toutes les écoles et à tous les niveaux, critiquant par là l'idée défendue par certains directeurs de faire payer davantage pour le master.

L'UNES et l'AES discutent ces temps avec les services du secrétaire d'Etat à la Science Charles Kleiber, le but étant d'aboutir à un projet à présenter au conseiller fédéral Pascal Couchepin à la fin juin. Les relations entre représentants d'étudiants demeurent toutefois houleuses. L'UNES continue de réclamer l'abolition des taxes – «utopique», balaie Alexandre Aellig – et fustige les conclusions tirées de ce sondage, qu'elle juge «erronées et politiquement peu réalistes». Elle conteste en particulier le fait qu'un tel pointage ne prend pas en compte les jeunes qui n'ont pas pu s'offrir d'études supérieures, rebutés, précisément, par leur coût. Pour sa part, Charles Kleiber s'est prononcé en faveur du doublement des taxes, pas davantage. Si le projet aboutit, une fédéralisation des bourses d'études devra encore être négociée avec les cantons.