Sans ses voisins indiens, Florian Arnold ne dormirait plus chez lui. Le Suisse alémanique, installé en Colombie depuis vingt-sept ans, a été relâché après trente heures passées aux mains de la guérilla, grâce à la pression pacifique de centaines d'Indiens du village de Caldono, dans le sud-ouest du pays.

Quand des combattants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) l'emmènent de force dans sa propre voiture, mardi vers

15 heures, l'ancien missionnaire de 53 ans doit abandonner sa maison et son association humanitaire, «Dé la mano por Colombia». Face aux kalachnikovs, les élèves de l'école maternelle qu'il a créée restent cois. «Les Farc m'ont obligé à conduire, avec eux à l'arrière, pendant trois heures», raconte son collègue et ami Ramiro Pito. Vers 19 heures, voiture cassée, Ramiro est relâché et part donner l'alerte aux communautés indiennes: le «Señor Florian», celui qui donne des cours aux adultes, qui veut créer avec eux une entreprise communautaire, a été enlevé. Dès l'aube de mercredi, des centaines d'Indiens et de paysans désarmés se mobilisent pour retrouver celui qui, en neuf ans passés à Caldono, est devenu leur élu local. «L'homme que les Farc ont emmené n'est pas seul», commente alors Ramiro Pito. Dans le froid des Andes, ils débusquent les ravisseurs et les obligent à les suivre jusqu'au siège de leur réserve. Là, les négociations durent jusqu'à la nuit. «Nous resterons des semaines s'il le faut, mais nous n'abandonnerons pas Florian», préviennent les Indiens, qui ont déjà empêché des attaques de village et des rapts par leur seule présence, massive, entêtée. Face aux couvertures et aux vivres que les Indiens font parvenir pour passer la nuit sous les étoiles, les rebelles relâchent finalement Florian Arnold. «Tendu mais très ému par le soutien», le Suisse adopté par les Indiens Paez a retrouvé son association dans la nuit de mercredi soir.