René Veuve naquit à Zurich en 1920. Il était l’un des huit enfants de parents franco-italiens appartenant à la classe laborieuse. Il est décédé en juin dernier aux Etats-Unis, à l’âge de 92 ans, à Saranac Lake, dans l’Etat de New York. Vendredi 29 mars 2013, il a été inhumé dans le très excluvif cimetière militaire d’Arlington, à quelques kilomètres du centre de Washington. Il est le seul Suisse d’origine à avoir eu droit à de tels honneurs et il rallie le cercle très fermé des 62 étrangers ensevelis dans le cimetière d’Arlington depuis sa création en 1864, en pleine guerre de Sécession.

John F. Kennedy et son épouse Jacky, Edward et Robert Kennedy y sont enterrés comme des membres de la navette spatiale Challenger qui explosa en plein ciel en 1986.

Né Veuve, René choisit le nom Joyeuse en tant que nom d’espion quand il commença à travailler pour l’Office of Strategic Services, le prédécesseur de la CIA. Il le fit en référence à la «Veuve joyeuse», jouant sur les mots. A ce titre, il a sauvé plus de 200 membres des forces aériennes alliées dont les appareils avaient été touchés par la DCA allemande. Il reçut l’une des plus hautes récompenses attribuées à cet échelon, la Distinguished Service Cross et c’est le général Dwight Eisenhower, commandant suprême des forces alliées qui le décora personnellement.

Dans l’opération «Sussex»

Comme le rappelle le Washington Post, René Joyeuse (il garda son nom d’espion après la guerre) est bien né en Suisse, mais il a passé une grande partie de sa jeunesse en Alsace-Lorraine et a obtenu un diplôme de deux universités françaises. Il étudiait aux Etats-Unis quand il fut appelé en 1943 par les Forces françaises libres du général de Gaulle. Il fut l’un des 120 Français engagés par l’Office of Strategic Services, mais c’est sans doute lui qui fut le plus en vue. Les historiens estiment que sa contribution lors de l’opération «Sussex» fut exceptionnelle et montra sa ruse et son audace. Il engagea lui-même plusieurs agents secrets et grâce aux informations qu’il transmit à Londres, les Alliés furent à même de localiser les mouvements de troupes allemandes et les fabriques d’explosifs du IIIe Reich.

Après la Seconde Guerre mondiale, René Joyeuse fut actif dans le renseignement en Indochine pour la France. Choqué par la manière dont les graves blessés de guerre étaient soignés, il reprit des études de médecine à Paris. Il mena ensuite une carrière de chirurgien aux Etats-Unis.

L’honneur d’être enterré à Arlington n’est toutefois pas venu par hasard. C’était le voeu le plus cher de René Joyeuse, mais en raison de critères «d’admission» très sévères, ce privilège lui fut refusé jusqu’à vendredi. C’est grâce à l’intervention de ses enfants Rémi et Marc-Jérome, puis de personnalités aussi prestigieuses que le général David Petraeus, ex-directeur de la CIA, que les autorités du cimetière d’Arlington ont assoupli le règlement pour accepter le Zurichois d’origine.