Un peu de Suisse dans la mémoire grecque

Vestiges L’Ecole suisse d’archéologie aura une place à son nom à Erétrie, fouillée depuis 51 ans

Dès le 1er août prochain, le passant qui arpentera les rues d’Erétrie, charmante bourgade sise sur les rives de l’île d’Eubée, y découvrira, non loin du port, une nouveauté: la Plateia Elvetikis Archaiologikis Scholis – ou «place de l’Ecole suisse d’archéologie» en version française.

Si la mairie d’Erétrie a choisi de rebaptiser l’une de ses places – avec cérémonie officielle agendée au jour de la fête nationale et conviant jusqu’à l’ambassadeur suisse –, c’est qu’elle a noué avec l’Ecole suisse d’archéologie en Grèce (ESAG) un partenariat scientifique fructueux vieux de plus d’un demi-siècle. C’est en 1964 en effet que la Mission archéologique suisse – qui deviendra l’ESAG en 1975 – donne ses premiers coups de pioche dans ce site antique majeur: Erétrie fut un des grands foyers d’expansion du monde grec au VIIIe siècle av. J.-C. – des comptoirs érétriens ont été découverts à l’ouest jusque dans le golfe de Naples, et à l’est jusqu’aux littoraux turc et syrien.

Les trouvailles de l’ESAG ont permis de donner une image plus précise de ce passé complexe (en 1999, la mise au jour du Sébasteion, temple du culte impérial, permit de réécrire la période romaine de la ville), de mettre le doigt sur de véritables trésors (le magnifique dallage découvert dans la Maison aux mosaïques en 1977), et de populariser cet héritage en développant le musée local et par le biais d’une très belle exposition, «Cité sous terre», montrée en 2010 et 2011 au Musée archéologique national d’Athènes puis à l’Antikenmuseum de Bâle.

Aujourd’hui, les fouilles se poursuivent, explique Karl Reber, professeur à l’Université de Lausanne et directeur de l’ESAG: à Erétrie même, la restauration des thermes romains va être entreprise durant ces deux prochaines années, et l’on est actuellement en train de mettre au jour un gymnase du IVe siècle av. J.-C. Sans parler d’un nouveau point fort: à Amarynthos, à une dizaine de kilomètres à l’est d’Erétrie, les équipes de l’ESAG ont dégagé du sol un portique qui pourrait être celui d’un sanctuaire dédié à Artémis, dont seules des sources écrites témoignaient jusqu’alors de l’existence. L’aventure continue.