Il compte de nombreux amis au sein du Comité international olympique (CIO). Suffisamment, en tout cas, pour briguer la succession du président belge Jacques Rogge, dont le règne statutaire de 12 années (8+4) s’achèvera le 10 septembre prochain à Buenos Aires, lors de l’élection du 9e chef du mouvement olympique par la 125e session plénière du CIO. «Il», c’est-à-dire l’avocat neuchâtelois Denis Oswald, nous disait sur le ton de la confidence, en début d’année: «J’ai demandé à certains collègues – lesquels me poussent d’ailleurs à me présenter – de sonder les membres votants [99 à l’heure actuelle, le président restant neutre], pour savoir si je dispose de bonnes chances d’être élu. Je ne veux pas aller au casse-pipe.»

Verdict apparemment positif, puisque Denis Oswald, 66 ans, coopté par l’aréopage en 1991, intégrant depuis tous les dicastères importants du «gouvernement» sportif de la planète (lire ci-contre), a officialisé sa candidature, et exposera plus avant ses motivations au cours de la conférence de presse qu’il tiendra lundi à Lausanne.

Pour l’instant, le premier Suisse à prétendre au trône s’est contenté de souligner, dans un bref communiqué: «Mes 40 ans au service du mouvement olympique m’ont donné une large connaissance de notre organisation et de son rayonnement. Cette connaissance, combinée avec les aptitudes qu’on me reconnaît, devrait me permettre de faire progresser la cause olympique et d’asseoir l’autorité du CIO comme leader du sport mondial.» Son programme, il en réserve la primeur aux membres, qu’il rencontrera à l’occasion du Lausanne Forum, en juillet.

Cinq rivaux – chiffre non définitif, l’échéance pour le dépôt des candidatures étant fixée au 10 juin – se postent à ses côtés sur la ligne de départ: deux autres Européens, Thomas Bach, 59 ans, chef du Comité olympique d’Allemagne et vice-président du CIO, favori aux yeux de beaucoup; Sergueï Bubka, 49 ans, tsar du saut à la perche – dont il détient toujours le record du monde –, président du Comité olympique d’Ukraine; deux Asiatiques, soit Ng Ser Miang (64 ans, vice-président du Comité olympique de Singapour et du CIO), et Ching-kuo Wu (66 ans, big boss de l’Association internationale de boxe amateur, vice-président du Comité olympique de Taïwan); un «Américain», Richard Carrión, 60 ans, Porto Rico, président de la Commission des finances du CIO.

Mercredi, celle qui était pressentie pour être «la» femme de la présidentielle, la Marocaine Nawal el-Moutawakel, 50 ans, vice-présidente du CIO, médaillée d’or sur 400 m haies aux Jeux de Los Angeles 1984, a déclaré forfait, faute de soutiens avérés. Dommage. Les Olympiens ne sont décidément pas prêts à accueillir une cheffe – on se souvient de l’échec de l’Américaine Anita DeFrantz en 2001.

Dans ce panier rempli de six papables, les chances de Denis Oswald se concrétisent certainement grâce au fait qu’il vient en droite ligne des FI, ces fédérations internationales de sport (il dirige celle d’aviron depuis 1989) qui désirent affirmer leur pouvoir au CIO parce qu’elles sont mécontentes du bilan de l’ère Rogge. En raison, notamment, du flou total qu’il laisse quant à la refonte des Jeux d’été – programme trop touffu et dérive vers le gigantisme.

Un expert de l’olympisme déclare au Temps, en voix «off»: «Personne ne comprend pourquoi Jacques Rogge a fixé le nombre de sports (donc de FI) à 28, et laisse rentrer des disciplines qui, tel le BMX, nécessitent des installations supplémentaires et augmentent la taille des JO, au point que les villes candidates diminuent sévèrement – de 11 pour 2004 à 5 pour 2020, réduites à 3 finalistes. En outre, le nouveau président devrait proposer des Jeux de printemps, les années impaires, destinés à tous les sports qui ne peuvent prétendre au programme olympique. Cela remplacerait avantageusement les Jeux de la jeunesse, une invention de Rogge que les FI n’apprécient guère, et existe déjà sous l’appellation de Jeux mondiaux. Il suffirait de les mettre dans le giron olympique, comme les Paralympiques, pour en faire un succès.»

Les atouts de Denis Oswald sont bien là. S’il les insère dans son programme en tant que priorités, ils devraient lui suffire à devancer ses contradicteurs, y compris le très sérieux concurrent singapourien – le plénum du CIO a toujours choisi, depuis 1894, des présidents issus d’Europe de l’Ouest avec une exception états-unienne. Il pourrait dépasser tous ses contradicteurs, sauf, peut-être, Thomas Bach…

Mais la finalité de la candidature Oswald se situerait ailleurs. Selon plusieurs analystes, le Neuchâtelois va au charbon afin de mieux négocier ses voix en vue de l’élection à la présidence de l’Agence mondiale antidopage (AMA), mi-novembre à Johannesburg. Le mandat de l’ancien ministre des Finances australien John Fahey arrive à terme lui aussi sans brillance, et il appartient au mouvement sportif de fournir le patron suivant, selon la règle d’alternance établie.

Pourquoi pas, ici aussi, un représentant des FI, lassées de devoir investir des millions dans une lutte contre le dopage dépourvue de grands résultats? A l’évidence, Denis Oswald joue sa partie de roulette sur deux tables voisines.

«Mes 40 ans au service du mouvement m’ont donné une large connaissance de notre organisation»