«Quelque chose qui n’allait pas sur la voie», «une déformation des rails quelques mètres devant la locomotive», puis un «freinage d’urgence». Voilà, en quelques extraits, la déclaration qui pourrait faire avancer d’un bond l’investigation sur l’accident du Glacier Express.

Ainsi s’est confié le conducteur du train au Service fédéral d’enquête sur les accidents de transports publics, délivrant, «en état de choc» certes, un premier indice concret dans un flot de questionnements abondamment relayé par les médias japonais ayant fait le déplacement en Valais.

Lundi, dans les ateliers du Matter­horn Gotthard Bahn (MGB), à Brigue, les deux derniers wagons du convoi déchirés par leur déraillement mortel étaient auscultés de bout en bout par les agents fédéraux, eux-mêmes scrutés par une vingtaine de journalistes nippons, au cours d’une véritable visite guidée.

Derrière Walter Kobelt, le chef du service d’enquête, c’est le Japon tout entier, encore ébranlé par le drame, qui cherchait des réponses dans un déchaînement d’obturateurs. Qu’est-ce qui a fait sortir le tortillard de son chemin entre Lax et Fiesch? Quelle explication au deuil?

Pour rappel, une touriste est décédée, 17 autres ont été hospitalisées. Une majorité d’entre eux devraient quitter les hôpitaux d’ici à la fin de la semaine, annonce toutefois le Réseau Santé Valais qui y ajoute une autre bonne nouvelle, vu les circonstances: les deux compatriotes les plus sévèrement atteints sont toujours plongés dans un coma artificiel mais «leur état s’est stabilisé. Il n’y a plus danger de mort.»

Des multiples pistes évoquées dans les médias, Walter Kobelt peut déjà en exclure une: «la rupture d’essieu». Sous le ventre des wagons accidentés, il a soigneusement détaillé le travail des enquêteurs, portant essentiellement sur le matériel roulant. En attendant une analyse fine des amortisseurs, les données concernant l’écartement des essieux n’ont par exemple permis de déceler aucune défectuosité.

On attendait beaucoup de l’expertise du tachygraphe censé, le premier, livrer ses secrets. L’instrument d’enregistrement de la vitesse a été analysé à Berne mais les résultats devaient encore, hier soir, être comparés avec des tests sur le terrain.

Les fortes pluies qui se sont abattues sur la région jeudi et vendredi, le vent, une instabilité de terrain peuvent-ils avoir contribué au drame? Autant d’éléments sur lesquels les enquêteurs devront encore se pencher ces jours. Un géologue a été mandaté pour analyser ces données.

Le service fédéral annonce des «résultats intermédiaires» pour cette semaine. Or l’enquête pourrait s’étendre sur plusieurs mois. Et il apparaît que les autorités ne veulent pas attendre pour apporter la preuve d’un examen de conscience et pour soigner les bonnes relations touristiques et économiques avec le Japon.

«Soyez transparents, sinon les Japonais vont vous en tenir rigueur», a dit un envoyé spécial à Jean-Marie Bornet, porte-parole de la police ­cantonale valaisanne. Sans doute l’image de la Suisse carte postale délivrée par le train des glaciers depuis son lancement il y a 80 ans, au même titre d’ailleurs que le Cervin, le pont de la Chapelle à Lucerne ou les chutes du Rhin, dépend-elle aussi d’une bonne communication en cas de crise.

La société MGB et les enquêteurs devront alors se montrer particulièrement convaincants sur un autre point devenu un motif de préoccupation majeur dans l’opinion publique japonaise, comme en témoignait le représentant de Suisse Tourisme pour le Japon, Roger Zbinden, présent hier à Brigue: «Comment se fait-il que la ligne ait été remise en service si rapidement alors que les résultats de l’enquête ne sont pas connus? Les Japonais ont une autre culture que celle-là. Généralement, ils ferment les infrastructures jusqu’à ce que l’enquête soit terminée.»

Après les excuses d’usage adressées par l’entreprise aux familles des victimes, réitérées hier en présence du vice-consul du Japon à Genève, le directeur du Matterhorn Gotthard Bahn, Hans-Rudolf Mooser, a tenté d’apaiser les inquiétudes: «L’exploitation a repris selon le respect scrupuleux des protocoles de sécurité et après que nous avons effectué trois tests à vide. Et les trains circulent à une vitesse maximale de 10 km/h sur ce tronçon.»

Aucun doute que la visite guidée du «hangar aux épaves» et les nouvelles questions qu’elle soulève alimenteront les journaux de Fuji TV ou de NHK, la télévision et la radio de service public japonais, durant plusieurs semaines encore. Après avoir prôné la transparence, pourtant, Walter Kobelt et la police renvoient désormais les médias au respect des règles de bonne conduite. «Ne cherchez pas à joindre le conducteur, ni à interviewer les familles.» Les autorités fédérales ont adressé lundi leurs condoléances au Japon suite à l’accident du Glacier Express. «Le gouvernement et le peuple suisses ont été profondément choqués et attristés» par le drame, a écrit la conseillère fédérale Micheline ­Calmy-Rey dans une lettre adressée à son homologue, Katsuya Okada. (ATS)