Même à Genève, Erwin Sperisen se croit toujours un peu à Guatemala City du temps de son pouvoir. Au dernier jour de son procès, cet ancien chef de la police nationale a demandé publiquement la démission du procureur Yves Bertossa auquel il attribue tous ses tourments. Le prévenu s’est aussi adressé aux juges de la Chambre pénale d’appel et de révision pour leur dire «de prendre la bonne décision». Soit de l’acquitter de toute participation dans les assassinats de détenus commis par un commando au sein de la prison de Pavon. Il sera fixé le 27 avril.

«J’ai essayé de faire au mieux»

«Je n’ai jamais tué quelqu’un, ni donné l’ordre de le faire, ni entendu parler d’un plan parallèle», a répété Erwin Sperisen en faisant référence à cette opération de nettoyage social visant à débarrasser le pénitencier de ses caïds les plus influents. «Il est difficile pour moi d’entendre un procureur genevois, tranquillement assis derrière son bureau, me dire comment je devais faire mon travail dans un pays où il n’a jamais mis les pieds. J’ai essayé de faire au mieux avec les moyens à ma disposition», a-t-il ajouté.

Lui-même ne se prive pas de donner des leçons, reprochant au même magistrat d’avoir failli à son devoir de rechercher la vérité et d’avoir instruit cette affaire «pour recevoir des médailles». Erwin Sperisen a aussi rappelé les cinq ans très difficiles passés en solitaire à Champ-Dollon, dans une cellule de 10 m2. «C’était pire qu’à Pavon, car là-bas il y avait au moins des bars et des strip-teaseuses.» Et aussi quelques exécutions sommaires au passage.

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Les avocats du prévenu ont essentiellement brandi la menace d’un nouveau désaveu de Mon-Repos. «Le Tribunal fédéral, qui a déjà décimé les reproches dans son arrêt de renvoi, ne laissera jamais passer une condamnation», a souligné Me Florian Baier. Selon la défense, cette affaire «est le musée des horreurs des violations de la Convention européenne des droits de l’homme» et rien ne permet de lever les doutes sérieux affectant l’ensemble des charges.

«Dossier nauséabond»

«Je vais vous plaider un théorème», a encore annoncé Me Giorgio Campa. En résumé, le grief d’arbitraire déjà retenu par le Tribunal fédéral «verrouille la question de la culpabilité». Sans preuves nouvelles, il est tout simplement impossible de condamner Erwin Sperisen, estime l’avocat. Ce dernier a évoqué «un dossier nauséabond» et soutenu que la justice genevoise avait été trompée par les enquêteurs perfides de la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala.

Une brève réplique donnera l’occasion au procureur de faire remarquer que la défense a, une fois encore, soigneusement évité de parler des faits et n’a même pas tenté d’expliquer la présence d’Erwin Sperisen aux réunions cruciales ou aux abords des scènes de crime. «Il n’y a jamais eu un mot là-dessus», a relevé Yves Bertossa. La veille, ce dernier avait principalement réclamé la prison à vie pour «ces crimes d’Etat», voire une peine de 15 ans pour le cas où la complicité serait retenue.

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