Formation

Un tiers des apprentis harcelés sexuellement au travail

Selon une enquête du syndicat Unia, les apprentis sont nombreux à se retrouver confrontés à des comportements déplacés. Une tolérance zéro et des règlements clairs, de la part des entreprises, sont demandés

«D’un coup, j’ai senti son nez dans ma nuque, car il voulait sentir mon nouveau parfum.» Loin d’être l’unique exemple, voilà l’une des mauvaises expériences vécues par Sandra* avec son patron, lors de son apprentissage. En plus de ce geste, des regards et commentaires déplacés se sont succédés de la part de ce chef d’une entreprise de placement à Lausanne. «Je sentais qu’il y avait un côté très pervers dans son comportement», témoigne cette ex-apprentie de commerce, aujourd’hui assistante de direction. «Il me demandait constamment de venir dans son bureau, sans raison apparente. «Alors, on s’enferme?» a-t-il même dit un jour.»

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«Un véritable problème»

A l’image de Sandra, une grande majorité des apprentis suisses ont déjà vécu une situation de harcèlement sexuel dans leur quotidien professionnel. Un fléau que révèle ce lundi une enquête du syndicat Unia. Parmi les 812 participants, 33% déclarent avoir été harcelés sexuellement au travail et près d’une personne sur trois s’est déjà sentie mal à l’aise en raison de mobbing. «Les résultats sont préoccupants et démontrent un véritable problème», commente Lucas Dubois, porte-parole d’Unia. «C’est d’autant plus grave que nous parlons de personnes souvent mineures, sans expérience, particulièrement vulnérables.»

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Dans l’étude, les harcèlements qui ont lieu à l’école (34%) ou dans la vie privée (56%) ont également été recensés. En tout, 70% des apprentis interrogés avaient été confrontés à ce genre de comportements au cours de leur vie. Les formes de harcèlement les plus fréquentes au travail sont les allusions sexuelles ou les remarques désobligeantes (200 personnes). Les contacts physiques inappropriés au travail concernent 95 sondés, 58 apprentis ont reçu des invitations non désirées à connotation sexuelle, et 9 personnes ont dénoncé avoir vécu une agression sexuelle ou un viol au travail.

Les hommes aussi harcelés

Parmi les répondants, 80% des femmes interrogées ont déjà été confrontées au harcèlement sexuel, et chez les hommes, le pourcentage est de 48%. Dans un contexte de «libération de la parole», les témoignages des hommes victimes «pourraient surprendre, mais permettent de briser le tabou qui voudrait que cela ne concerne que les femmes», précise Lucas Dubois.

Au vu des résultats de cette enquête, des changements sont exigés: «Il faut que les entreprises prennent leurs responsabilités face aux problèmes de harcèlement et se préoccupent du climat de travail, avec, par exemple, la création de règlements clairs.» Une «tolérance zéro» vis-à-vis des abus sexuels est également demandée par le syndicat.

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