Pirmin Schwander était jusqu’à maintenant l’une des valeurs les plus sûres du rating gauche-droite. Il a été cinq années de suite le parlementaire le plus à droite dans cette évaluation, qui positionne les parlementaires en fonction de leur comportement lors des votes nominatifs du Conseil national sur une échelle allant de – 10 (gauche) à +10 (droite).

Cette année, il y a eu un peu de mouvement sur le flanc droit. A la place du président schwyzois de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), c’est le Jurassien Dominique Baettig qui reçoit la note +10 et occupe ainsi, pour la première fois, l’extrémité droite de l’échiquier politique. Il est piquant de constater que le parlementaire le plus à droite provient du canton du Jura, dont la délégation parlementaire n’est composée que de deux élus et qui, avec Neuchâtel et Genève, présente le profil politique le plus à gauche du pays.

Pour la première fois également, Christian Miesch (UDC/BL) est le deuxième élu le plus à droite. Il dépasse lui aussi Pirmin Schwan­der. Or, Christian Miesch avait déjà siégé au Conseil national dans les années 90 sous la bannière du Parti radical.

La place la plus à gauche est occupée par une vieille connaissance: Josef Zisyadis (PdT/La Gauche/VD) conserve la position qui était déjà la sienne l’année précédente, avec une valeur de – 10. Ex aequo juste à côté de lui, avec une valeur de – 9,9, on trouve le trio alternatif de gauche composé de deux représentantes de l’Alliance verte de Berne, Franziska Teuscher et Therese Frösch, et de l’élu de la Liste alternative verte de Zoug, Josef Lang.

Pôles plus isolés

La polarisation du parlement s’est encore renforcée durant l’année écoulée. Il y a quatre ans, seuls dix-sept élus fédéraux avaient une note égalant ou dépassant – 9 ou +9; ils sont désormais 65. Cela signifie qu’un tiers du Conseil national suit une ligne très polarisée, à gauche ou à droite, qui ne laisse aucune place aux compromis.

Sur l’échelle, le spectre couvert par le PS se resserre à 1,6 point. Il y a quatre ans, l’amplitude était encore de 2,4 points. Un seul groupe parlementaire résiste avec opiniâtreté à la tendance qui veut que les formations soient de plus en plus compactes: celui qui réunit le PDC, les Verts libéraux et le Parti évangélique (CEg).

Il présente une amplitude de 9,7 points et couvre ainsi la moitié de l’échelle. La responsabilité de cette grande hétérogénéité n’incombe pas en premier lieu aux élus des Verts libéraux et du Parti évangélique. Ils se positionnent bien à l’aile gauche du groupe CEg, mais Meinrado Robbiani (TI, – 4,5) et Jacques Neirynck (VD, – 3,9) se situent plus à gauche qu’eux.

Les partis des pôles paient le prix de la polarisation dont ils sont la cause. Ils parviennent difficilement à construire des majorités au parlement. Tel n’est en revanche pas le cas des formations du centre: le PLR, le PDC et le PBD imposent leur point de vue pour près de 90% des sujets controversés. Le pourcentage de succès descend à 64% pour l’UDC, et même à 54% pour le PS. Les Verts ne figurent dans le camp des vainqueurs que dans un vote sur deux.

Différents types de vote

Il est intéressant de relever que les taux de succès varient d’un genre de vote à un autre. Les Verts et le PS paraissent particulièrement faibles lors des votes sur les motions et les postulats. Ils ne s’imposent que dans 42% des cas alors que, pour ce genre d’objets parlementaires, l’UDC est dans le camp des gagnants dans 70% des cas.

La situation est inverse lors des votes finaux portant sur des dossiers du Conseil fédéral. Là, le PS affiche une cote de succès (85%) plus élevée que l’UDC (64%). Par tradition, les votes finaux sont les décisions les moins controversées au parlement. Même lorsqu’ils ont connu la défaite lors de l’examen de détail, les partis impliqués soutiennent en règle générale, et parfois en serrant les dents, le pacte global trouvé à propos d’un projet législatif. Du moins jusqu’à ces dernières années.

Le fait que l’UDC perde toujours plus de votes finaux ne signifie pas pour autant que le parti perde de son pouvoir. C’est plutôt l’expression d’un changement de culture politique. L’UDC utilise toujours davantage les votes finaux pour exprimer ses positions vis-à-vis de l’extérieur, alors qu’elle sait très bien qu’elle n’a aucune chance de construire une majorité autour de celles-ci.

On peut faire la même constatation à propos des motions et des postulats de la gauche. Dans la plupart des cas, il est clair dès le départ qu’ils n’auront aucune chance de succès au parlement. Ces interventions sont néanmoins déposées dans le but de se profiler politiquement.

La capacité des groupes parlementaires à s’imposer ne se reflète guère dans les motions, les postulats ou les votes finaux. On l’observe davantage dans l’examen de détail, article par article, des dossiers présentés par le Conseil fédéral. C’est là que l’on voit qui a vraiment le pouvoir au parlement.

Ce sont en effet ces votes-là qui façonnent les projets législatifs. Ils ne sont pas là pour épater la galerie. Dès lors, le taux de succès des votes intermédiaires permet mieux d’évaluer le rapport de force au Conseil national. Là, l’UDC fait partie des gagnants dans 64% des cas, contre 53% pour le PS. Le pourcentage de votes victorieux grimpe à près de 90% pour le PLR, le PDC et le PBD. Michael Hermann dirige le groupe de recherche Sotomo à l’Université de Zurich. Bruno Jeitziner est professeur titulaire à l’Université de Fribourg. Les précédents ratings peuvent être consultés sous www.parlarating.ch