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Un tiers des Suisses sont devenus des «indigents médiatiques»

Plutôt jeunes, peu formés et réagissant aux nouvelles inquiétantes, ces utilisateurs de médias peuvent être manipulés par les fausses informations et les idées populistes, s’inquiète un rapport dévoilé à Berne ce jeudi

La proportion de Suisses qui ne consomment que des informations gratuites, au coup par coup, lors de catastrophes et d’attentats, représente 30% des utilisateurs de médias, révèle l’étude sur la qualité des médias dévoilée jeudi à Berne. Cette proportion n'était encore que de 20% en 2009.

Ces «indigents médiatiques», comme les appelle l’étude, sont le plus important groupe d’utilisateurs de médias en Suisse. Ils devancent les «surfeurs globaux» – des consommateurs d’informations connectés en permanence, avide de nouvelles qualitatives, mais manquant de temps pour consulter les médias traditionnels.

Le nombre de surfeurs globaux a progressé de 4% depuis 2009 pour atteindre 21% des utilisateurs. Toutes les autres catégories (abonnés aux journaux papiers de qualité, lecteurs de nouvelles locales ou de boulevard etc.) ont régressé plus ou moins fortement.

Les indigents médiatiques et les surfeurs globaux sont «les enfants de l’information gratuite et d’Internet», note Mark Eisenegger, président de la fondation Kurt Imhof pour la qualité des médias, qui publie cette étude annuelle.

Vision du monde «simpliste»

Plutôt jeunes, féminins et présentant un niveau de formation relativement bas, les indigents médiatiques s’intéressent surtout aux actualités inquiétantes ou émotionnelles. La catastrophe de l’avion Germanwings, les nouveaux gadgets d’Apple, le scandale Volkswagen, les attentats de Paris ou le tremblement de terre au Népal ont fortement retenu leur attention. A l’inverse, les élections fédérales, l’abolition du taux plancher franc/euro ou le conflit entre l’Ukraine et la Russie les indiffère.

Ce lectorat présente un risque de développer «une vision du monde simpliste», d’être abusé par des informations mensongères ou par la propagande, et de voter pour des mouvements populistes, s’inquiète l'un des coauteurs de l'étude, Linards Udris.

En parallèle, constate l’étude, les médias sociaux sont devenus la première source d’information des 18-24 ans, essentiellement à travers les portails d’informations agrégeant différents médias.

L’apport du service public

Comme chaque année, l’étude offre un classement des titres les plus qualitatifs du paysage médiatique suisse. «Le Temps» et «L’Hebdo» prennent les premières places en Suisse romande dans la catégorie presse écrite, alors que la «Neue Zürcher Zeitung» et le «Tages-Anzeiger» sortent premiers en Suisse alémanique.

L’étude conclut enfin qu’un service audiovisuel public fort et de qualité renforce la confiance dans les médias en général et contribue ainsi à la diversité de l’offre – une pierre dans le jardin des éditeurs, notamment Tamedia, qui dénoncent l’emprise de la SSR sur le secteur en Suisse.


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