Les grandes villes perdent du cœur, mais gagnent des poignées d'amour au détriment des campagnes. Depuis des années, populations des régions rurales et des agglomérations croissaient plus ou moins parallèlement. En 1998, les deux courbes ont fait mine de converger. En 1999, c'est une réalité: pour la première fois depuis 1981, soit depuis que la statistique de l'état annuel de la population existe en Suisse, la croissance démographique s'est avérée plus forte dans les zones urbaines que dans les zones rurales. Alors que la population a augmenté de 0,5% dans les campagnes, elle a crû de 0,6% dans les zones urbaines, voire de 0,7% dans les cinq principales agglomérations du pays. C'est ce que révèlent les chiffres définitifs de la population pour 1999, publiés mardi par l'Office fédéral de la statistique (OFS).

Jusqu'ici, la désertion des communes centrales – autrement dit des petites agglomérations – avait contribué à ce que la croissance des zones urbaines reste nettement plus faible que celle des campagnes. Désormais, deux tiers de la population du pays (67,5%,) se répartissent dans les agglomérations. Plus frappant encore: un tiers des habitants (33,6%) sont concentrés dans les périphéries des cinq grands centres: Zurich, Bâle, Genève, Berne et Lausanne. «Après deux ans, il est encore tôt pour affirmer que le phénomène va se poursuivre, dit, prudent, Marc Reichle, de l'OFS. Personnellement, je crois pourtant que ce sera le cas.»

A ce premier phénomène s'en ajoute un second: le dépeuplement du cœur de ces villes au profit de leurs agglomérations. Ainsi, les centres des cinq plus importantes d'entre elles considérés ensemble ont accusé une perte de 1600 habitants (-0,2%), alors que leurs agglomérations ont crû de 10 000 personnes (+1,2%). Mais cet aspect est plus ancien que le précédent: «Ce qui est nouveau, ce n'est pas que les ceintures gagnent en population, mais qu'elles gagnent aussi sur les campagnes», résume Marc Reichle.

Globalement, la courbe démographique n'a pas failli à la tendance en place depuis des années: au 31 décembre 1999, la population résidante permanente (les Suisses habitant en Suisse, les étrangers établis, les titulaires d'un permis B ainsi que les fonctionnaires internationaux) se montait à 7 164 400 personnes. C'est 0,6% de plus qu'au 1er janvier de la même année. En 1998, la croissance démographique atteignait 0,4%. Comme à chaque fois, l'excédent des naissances – plutôt stable en général – et le solde migratoire – principal responsable des variations annuelles – sont les deux principaux facteurs à l'origine de l'augmentation habituelle du nombre d'habitants: «L'an dernier, l'immigration était de 20 000 personnes, remarque Marc Reichle. Mais il y a eu des périodes où elle atteignait 60 000 personnes, et d'autres où elle oscillait entre 1000 et 2000 arrivées.» Reste qu'en 1999, l'immigration a légèrement augmenté, contrairement à l'émigration. De ce fait, le solde migratoire, qui mesure la différence entre les personnes Suisses ou étrangères ayant quitté le pays et celle qui y sont entrées, est passé de +1200 personnes en 1998 à +16 200 personnes l'an dernier. Une différence que l'OFS explique par l'amélioration de la situation économique et par la progression du nombre de regroupements familiaux.

A cet égard, les statistiques 1999 mettent une fois de plus le doigt sur l'importance de la population étrangère dans l'équilibre démographique du pays. En témoigne l'excédent des naissances. Cette catégorie mesure la différence entre le nombre des naissances et celui des décès survenus durant l'année. Si ce chiffre (+15 900) continue à baisser pour l'ensemble de la population résidante permanente, ce n'est pas le cas parmi les étrangers, où il reste stable depuis plusieurs années (+17 418 en 1999). En revanche, le nombre de décès dans la population suisse a été, pour la deuxième année consécutive, plus important que celui des naissances.