Un résident vaudois, engagé en politique locale et bien connu sur la scène culturelle de la Riviera, a été arrêté en Indonésie fin août et risque 20 ans de prison pour trafic d’armes au profit des séparatistes papous, révèle le SonntagsBlick dans son édition de dimanche.

De nationalité polonaise mais vivant en Suisse depuis dix ans, Jakob Skrzypski, 39 ans, s’était illustré sur les réseaux sociaux ces derniers mois pour défendre les initiatives «No Billag» et «Monnaie pleine».

Puis, fin août, Jakob Skrzypski a été arrêté sur la partie indonésienne de la grande île de Papouasie. Selon la presse locale, les autorités l’accusent de «fourniture de munitions à des groupes criminels armés». Il s’agirait de séparatistes papous qui contestent la souveraineté de l’Indonésie sur leur moitié de l’île, l’autre formant la Papouasie-Nouvelle-Guinée indépendante.

«Il a été accusé d'activités séparatistes ou de trahison. C'est la première fois que le gouvernement indonésien accuse des étrangers de ce genre de crime», explique par courriel l'avocate du Polonais, Latifah Anum Siregar. 

Selon l’agence Associated Press, Jakob Skrzypski vit en Suisse depuis 2008. Sa détention a été prolongée de 40 jours le 17 septembre et il risque 20 ans de prison s’il est déclaré coupable.

Accointances nationalistes

Dans le canton de Vaud, le Polonais travaillait parfois comme bénévole pour différents organisateurs de concerts comme le Quai’son, à Montreux. Il avait aussi milité sur les réseaux sociaux pour l’initiative «No Billag» – l’un de ses posts sur Facebook avait été repris sur une affiche de l’USAM – et pour «Monnaie pleine».

Il ne cachait pas ses accointances avec la droite nationaliste, une photo le montrant avec un t-shirt «Defend Helvetia» sur lequel apparaît un fusil d’assaut superposé à une carte de la Suisse. Sur le réseau social couchsurfing, il se décrivait comme «ouvert d’esprit mais conservateur, collectionneur d’objets et d’impressions».

Dans une lettre de quatre pages datée du 20 septembre et envoyée au Temps, Jakob Skrzypski se plaint de ses conditions de détention à Jayapura, de la lenteur de l’enquête à son sujet, et clame son innocence: «Ils racontent des histoires de munitions, mais je n’en ai ni vu ni possédé. Je faisais juste un tour près de la ville montagnarde de Wamena. Ils essaient de m’accuser de tentative de coup d’Etat, mais tout ce que j’ai fait était de rencontrer les Papouasiens indigènes, non armés.»

Choix irresponsables

Il ajoute au sujet des enquêteurs indonésiens chargés de son cas: «Ils essaient désespérément de trouver des preuves contre moi, preuves qui n’existent pas.»

Selon des connaissances, Jakob Skrzypski aurait tendance à se passionner soudainement et intensément pour la cause de peuples oubliés, des Kurdes aux Papous en passant par les Arméniens. Mais malgré ses penchants affichés pour l’ultradroite, il serait profondément inoffensif.

«Les choix de M. Skrzypski ont peut-être été irresponsables et regrettables, mais son parcours est celui d’un voyageur idéaliste et naïf, pas celui d’un criminel», indique un communiqué commun publié le 7 septembre par deux ONG de défense des droits de l’homme en Papouasie, TAPOL et ETAN.

Selon elles, Jakob Skrzypski est un «touriste de l’extrême» qui s’est peut-être conduit de manière imprudente en rencontrant des représentants locaux de groupes armés, notamment l’Armée de libération de Papouasie occidentale. Lors d’un autre voyage mêlant tourisme, journalisme amateur et militantisme, le Polonais avait déjà rencontré des combattants kurdes opposés à l’Etat islamique en Irak, au printemps 2017.

Les deux ONG affirment que les autorités indonésiennes utilisent de vieilles photos de Jakob Skrzypski, prises dans un stand de tir vaudois en 2008, pour l’accuser d’activités criminelles. Parmi ses affaires confisquées par les Indonésiens figurerait un drapeau vaudois portant la devise «Liberté et Patrie», qui semble avoir accompagné le Polonais lors de ses voyages lointains.