Les trois concepteurs du projet initial de l'exposition nationale autour des Trois-Lacs veulent voir reconnue leur paternité. A cet effet, Laurent Geninasca, Luca Merlini et Michel Jeannot ont intenté une action civile. Révélée par L'Agefi et La Liberté, cette démarche remonte à la fin 1998.

Les faits, eux, sont plus anciens, puisque les projets initiaux de l'exposition nationale ont été finalisés en 1993. Les trois architectes imaginaient une manifestation répartie entre les lacs et basée sur des ateliers flottants. Après l'attribution de l'expo à la région par le Conseil fédéral en 1994, les relations entre les concepteurs et les nouveaux responsables se sont vite dégradées, conduisant à une éviction progressive du trio dans les instances décisionnelles en 1997. A la question de savoir pourquoi ils ont attendu jusqu'à la fin de 1998 pour faire valoir leurs droits, Laurent Geninasca répond que «nous avions demandé un avis de droit… Et puis nous ne voulions pas faire du tort à Expo.01.»

«Ton méprisant»

Mais «sa direction nous a fait des offres ridicules et traité sur un ton méprisant». Devant «le manque d'éthique qui prévaut dans cette organisation», les trois architectes se sont décidés. «Pour une question de principe», assurent-ils, non pour toucher une rémunération supplémentaire ou des royalties. Au total, le projet leur a rapporté un défraiement de 5000 francs pour le concept, puis une enveloppe d'environ 300 000 francs pour deux ans de travail à trois personnes.

La direction d'Expo.01 affirme avoir amorcé «plusieurs tentatives de conciliation» et se dit aujourd'hui, par son porte-parole Laurent Paoliello, «relativement sereine» sur l'issue de cette procédure, car «la paternité du concept de l'avant-projet leur est reconnue». Avant-projet: la bataille juridique se jouera sur cette nuance, les responsables considérant qu'entre le plan en son état actuel et celui de Geninasca-Merlini-Jeannot la différence s'avère déterminante.

Cette polémique enfle alors que plusieurs affaires ont déjà débouché sur des procédures formelles, le plus souvent au Tribunal administratif neuchâtelois. Les responsables d'Expo.01 font état de 15 recours, sur un total de 400 contrats. Aucune démarche n'a tourné en leur défaveur, mais dans nombre de cas les parties se sont entendues à l'amiable.

Une plainte est toutefois encore pendante à propos du choix du designer de l'arteplage de Morat. Les critiques les plus nombreuses concernent d'ailleurs l'attribution de mandats de gré à gré, dénoncée comme contraire aux règles sur les marchés publics – notamment dans les cas des bureaux de management Aarproject ou Urbaplan, proches de responsables d'Expo.01. Ces derniers assurent respecter ces règles tout en usant parfois de clauses d'urgence ou «d'attributions complémentaires». Expo.01 emploie, sur mandats, une trentaine de juristes pour veiller aux contrats et défendre l'entreprise.