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Catastrophe

Quand un tsunami géant balayait le Léman

Une couche de sédiments jette une lumière nouvelle sur l’énorme vague qui a balayé le lac en 563. Les chercheurs avertissent qu’un tel événement pourrait se reproduire

Treize mètres à Lausanne, huit à Genève: le tsunami qui a balayé le lac Léman en l’an 563 de notre ère a atteint des hauteurs impressionnantes selon l’estimation d’un groupe de chercheurs de l’Université de Genève, dont les travaux ont été publiés dimanche dans la revue Nature Geoscience. Le passage de l’énorme vague est connu depuis longtemps grâce aux récits de deux chroniqueurs du haut Moyen Age, Grégoire de Tours et Marius d’Avenches. Les sciences de la terre le confirment et le détaillent aujourd’hui à leur façon.

Les chercheurs (des géologues des lacs ou limnogéologues) sont partis d’une couche de sédiments peu ordinaire, particulièrement épaisse, découverte récemment au milieu du lac. Ils sont parvenus à déterminer que cette formation de plus de 10 kilomètres de long, 5 kilomètres de large et 5 mètres de profondeur (donc de 0,25 km3) s’est constituée brusquement entre la fin de l’Antiquité et le début du Moyen Age, soit à l’époque du fameux tsunami. Une coïncidence qui a achevé de les convaincre que ces deux phénomènes rarissimes étaient étroitement liés.

Or, un tel rapport est très intéressant du point de vue scientifique, puisqu’il permet de tirer de la couche de sédiments des hypothèses solides sur l’origine et les caractéristiques de la vague.

L’effondrement d’un gigantesque pan de montagne, connu sous le nom d’événement de Tauredunum, a selon toute apparence déclenché la vague. Toute la question est de savoir comment. Et sur le sujet, les alluvions du fond du lac sont «bavardes». Le tsunami n’a pas été causé par la chute d’un gigantesque pan de montagne dans le lac, il a été engendré en trois temps: l’éboulement s’est produit sur le delta du Rhône, d’où il a expulsé vers le lac d’énormes quantités de matière, qui, en déplaçant un grand volume d’eau, ont provoqué la vague.

Les chercheurs ont exposé ces conclusions l’an dernier déjà (LT du 5.08.2011). Le plus nouveau dans l’article de ce dimanche concerne les caractéristiques du tsunami. Une simulation numérique de l’événement, toujours basée sur la même couche de sédiment, laisse penser que la vague n’a mis que quinze minutes pour atteindre Lausanne et 70 pour toucher Genève, et qu’elle avait à ces deux endroits respectivement 13 et 8 mètres de hauteur.

«Nous avons été surpris par l’énormité de ces chiffres, au point que nous avons eu de la peine à y croire, se souvient l’un des auteurs, Stéphanie Girardclos, maître assistante à l’Université de Genève. Nous nous sommes alors penchés sur les témoignages archéologiques et historiques de l’événement. Et nous avons bien dû admettre qu’ils corroboraient nos estimations.»

Aussi étonnant qu’il puisse paraître, le tsunami de 563 compterait des précédents. Selon les limnogéologues genevois, d’autres déplacements massifs de sédiments sont en effet survenus au cours de l’holocène, l’époque géologique qui couvre ces 12 000 dernières années. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ils ont pu provoquer le même type de vagues sur le lac. Et sont susceptibles de recommencer.

«Notre but n’est pas de faire du catastrophisme, il est seulement de rappeler une réalité, assure Stéphanie Girardclos. La formation d’une énorme vague est possible de nos jours sur le Léman. Le grand public considère généralement que les lacs sont des surfaces paisibles. Or, tel n’est pas le cas. A partir du moment où vous avez une grande masse d’eau, vous avez aussi un risque de tsunami.»

Quant à l’événement déclencheur, à savoir le déplacement d’un grand volume de matière solide dans le Léman, il peut être causé de diverses façons. «Le Chablais est sujet aux tremblements de terre, rappelle ainsi Philippe Schoeneich, géomorphologue à l’Université de Grenoble. La région d’Yvorne a été ébranlée en 1564 par un séisme assez violent pour causer des dégâts à Villeneuve, ainsi qu’au château de Chillon et pour provoquer une vague, restée d’ampleur modeste.»

Il n’est pas besoin d’un tremblement de terre cependant. Toute pente traduit un certain équilibre géologique, sur lequel pèsent en sens contraire les forces de gravité et de frottement. Il suffit que cet équilibre soit modifié, par soustraction ou addition de poids, pour qu’un éboulement puisse se déclencher et, s’il termine sa course sur le delta du Rhône, pour qu’un tsunami puisse se former.

«Au-dessus de la Porte-du-Scex, la montagne très fracturée à l’origine de l’événement de Tauredunum, la Suche, pourrait bien redescendre un jour», confie Philippe Schoeneich. L’événement susciterait-il de nouveau un tsunami? «Il faudrait que l’éboulement soit suffisamment important pour déstabiliser un delta dont le rivage s’est éloigné depuis le Moyen Age, poursuit le géomorphologue. Le cas de figure est improbable mais pas impossible.»

«La montagne très fracturée à l’origine de l’événement, la Suche, pourrait bien redescendre un jour»

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