La différence de sensibilité entre les régions du pays à propos du nucléaire s’est confirmée dimanche. L’initiative populaire des Verts «Sortir du nucléaire» réclamait l’arrêt des réacteurs après 45 ans d’activité. La prise aurait ainsi été retirée en 2017 à Beznau I et II et à Mühleberg, en 2024 à Gösgen et en 2029 à Leibstadt. Elle a été rejetée par 54,2% de la population et par 20 cantons sur 26.

Dans le camp du oui: Bâle-Ville (60,5%), Genève (59%), le Jura (57,5%), Neuchâtel (56,8%), Vaud (54,6%) et Bâle-Campagne (50,4%). C’est quasiment la même carte que lors des scrutins de 1979, 1984 et de 1990 portant sur des initiatives populaires similaires.

La proximité de la France

Les sentiments anti-atome des quatre cantons romands et des deux demi-cantons du nord-ouest sont ainsi vérifiés. A Genève, l’urano-scepticisme s’explique notamment par les polémiques qui ont entouré des sites français situés le long du Rhône en aval de la cité de Calvin. La proximité de Fessenheim et le projet avorté de Kaiseraugst ont fait naître de profonds sentiments antinucléaires dans les deux demi-cantons bâlois, qui, d’ailleurs, avaient été les seuls en 2003 à demander la prolongation du moratoire approuvé par le peuple et les cantons en 1990.

Tous les autres cantons ont glissé un non dans les urnes. Les rejets les plus cinglants viennent de cantons conservateurs de Suisse centrale et orientale. Schwyz a dit non à 68,1%, Appenzell Rhodes-Intérieures à 65,8%, Nidwald à 65% et Obwald à 64,9%. Le canton d’Argovie, sur le territoire duquel se trouvent trois des cinq réacteurs, a refusé l’initiative à hauteur de 62,9%. Les communes riveraines sont celles qui ont le plus nettement refusé l’initiative: le non atteint 89,7% à Leibstadt, 82,6% à Döttingen-Beznau, 78,2% dans la commune soleuroise de Döttingen-Gösgen et 72,6% à Mühleberg. Les centrales nucléaires ne font visiblement pas peur à leur voisinage immédiat. 

Doris Leuthard sort renforcée de ce combat

Le résultat du scrutin réjouit la conseillère fédérale Doris Leuthard, qui n’a pas ménagé ses efforts pour combattre cette initiative et faire valoir les mérites de la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050), un programme qui propose un calendrier moins volontariste pour remplacer l’électricité d’origine atomique par des agents renouvelables. Un programme qui prévoit aussi la sortie du nucléaire, mais de manière plus progressive et en fonction de deux critères: la sécurité et la rentabilité économique.

«Je suis soulagée. Nous avons plus de temps pour développer la stratégie énergétique et les réseaux de transports. La transformation ne se fait pas du jour au lendemain. La population n’a pas voulu courir le risque de déstabiliser le réseau, de devoir importer massivement et de verser des dédommagements élevés aux exploitants des centrales nucléaires. J’interprète ce non comme la reconnaissance du travail effectué par les experts de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire. Le peuple leur fait plus confiance qu’aux politiciens pour se prononcer sur la sécurité des centrales», commente-t-elle.

Mühleberg en 2019. Et Beznau?

Avec le verdict de dimanche, les cinq centrales nucléaires restent en théorie au bénéfice d’une autorisation illimitée d’exploitation. Toutefois, rappelle Doris Leuthard, les Forces Motrices Bernoises (BKW) ont décidé d’arrêter la production à Mühleberg en 2019 pour des raisons économiques. L’initiative des Verts ayant été rejetée, le calendrier fixé par les BKW pourra se poursuivre comme prévu: le réacteur sera mis à l’arrêt le 20 décembre 2019. La question se pose différemment pour Beznau, où la plus ancienne de ses deux installations étant à l’arrêt depuis dix-neuf mois. La balle est dans le camp de l’IFSN.

La Stratégie énergétique 2050 est combattue par un référendum lancé par l’UDC. Cela ne refroidit pas Doris Leuthard, qui reste confiante et va de l’avant. Le dispositif proposé permettra de soutenir l’hydraulique, le photovoltaïque, l’éolien et la biomasse. Il doit entrer en vigueur en 2018. La ministre de l’Energie présentera les ordonnances d’application en février déjà, l’objectif étant de mettre à disposition les moyens financiers provenant du renchérissement du prix du kilowattheure le plus rapidement possible.

Ces moyens sont nécessaires pour doper la production de courant vert en Suisse. «Nous comptons bien assurer la sécurité de notre approvisionnement avec le plus d’énergies renouvelables indigènes. On a déjà fait des progrès réjouissants, mais il en faut davantage pour remplacer le nucléaire», ajoute la conseillère fédérale. «Je me réjouis de la prochaine votation», conclut-elle, donnant rendez-vous à ses adversaires en mai 2017.


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