Bonne ou mauvaise nouvelle pour les deux hommes d'affaires russes établis en Valais et incarcérés depuis huit mois pour avoir blanchi de l'argent issu d'un détournement de fonds publics? Le Tribunal de Reutov, près de Moscou, vient de condamner l'entrepreneur dont les avoirs avaient pris le chemin de la Suisse. «C'est une étape importante pour la procédure», relève le procureur fédéral Christian Coquoz. Chargé du dossier, le magistrat cherche en effet à établir si ces transferts ont une origine criminelle. Les avocats des anciens lutteurs, reconvertis dans le transport routier, restent prudents sur les conséquences de ce jugement dont le détail n'est pas encore connu mais qui pourrait aussi leur profiter.

Les frères K., qui résident depuis de nombreuses années à Anzère, sont soupçonnés d'avoir acquis deux chalets à l'aide des fonds détournés par Oleg Khomenko, le directeur d'une entreprise russe mandatée pour la construction de l'autoroute circulaire de Moscou. Une partie de cet argent aurait également été injectée dans la société des remontées mécaniques de la commune d'Ayent.

Une autoroute trop étroite

La justice russe s'intéresse depuis plusieurs années aux activités d'Oleg Khomenko, impliqué dans des malversations estimées à quelque 20 millions de dollars. Dans son édition du 2 février dernier, le journal moscovite Kommersant a fait état de la condamnation à 14 mois de prison de cet ancien directeur. A la tête des 200 employés de la SU-802, ce dernier avait déjà passé deux ans en détention préventive. Jugés à ses côtés, deux autres entrepreneurs se sont vu infliger des peines de 2 ans et 9 mois. D'après les comptes-rendus de l'affaire, le Tribunal a retenu que les intéressés avaient trompé l'Etat en construisant une autoroute plus étroite que prévu, en utilisant un sable de mauvaise qualité et en opérant des détournements en relation avec ce chantier.

Pour le Ministère public de la Confédération, le prononcé de ce jugement doit a priori être considéré comme «une bonne nouvelle». Une délégation s'était déjà rendue en octobre dernier à Moscou pour interroger des témoins et recueillir des pièces susceptibles d'étoffer les charges pesant sur les deux Russes d'Anzère dont les comptes ont accueilli une partie de l'argent.

Ces derniers contestent les faits et assurent que leur fortune ne doit rien au scandale de l'autoroute. Leurs défenseurs, Mes Christian Favre et Jean-Luc Addor, attendent de lire la décision russe pour en évaluer la portée. Et surtout, déterminer si les faits qui ont motivé la demande d'entraide russe, puis l'ouverture d'une procédure en Suisse, figurent bien au menu des accusations puis de la condamnation.

En attendant que l'entraide judiciaire réponde à ces questions, les frères K. ont recouru au Tribunal fédéral afin d'obtenir leur libération provisoire. Une précédente demande avait été rejetée par la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral.