Dans les petits villages, la vie d'élu est parfois un enfer. Témoin Vuisternens-en-Ogoz. Lundi, le Conseil communal (exécutif) de cette bourgade fribourgeoise de 800 âmes, nichée au pied du mont Gibloux, dans le district de la Sarine, a présenté sa démission en bloc. Motif évoqué: il ne peut plus assumer ses responsabilités en raison de l'hostilité ambiante. Mercredi, le préfet Nicolas Deiss a réagi. Il compte mettre la commune sous une forme de tutelle, en nommant une ou plusieurs personnes pour assurer la gestion des affaires courantes.

«Une entité comme Vuisternens-en-Ogoz n'est plus viable. Elle est trop petite, minée par des conflits entre deux ou trois clans familiaux remontant parfois à plusieurs générations. Nous avons tout essayé, mais à chaque fois, il y a un blocage. La seule solution, à mon avis, c'est une fusion avec les communes voisines, de façon à former une sphère administrative plus large, dépassant l'esprit de clocher», note Nicolas Deiss.

Sur la scène politique locale, Vuisternens-en-Ogoz défraie la chronique depuis de nombreuses années. De 1991 à 2001, l'ancien boursier communal a détourné pas moins de 3,4 millions de francs, plongeant du même coup les finances dans les chiffres rouges. Depuis, l'ambiance est délétère. La dette a grimpé à 8,3 millions de francs, somme astronomique pour le village.

Déjà suspendu en 2002

En 2002, l'exécutif communal avait déjà été suspendu par le Conseil d'Etat. Ce dernier constatait alors que les problèmes relevaient de «l'incompatibilité entre plusieurs fortes personnalités». Cet épisode marquait le début d'un feuilleton rocambolesque. La commune, en litige avec le canton, à qui elle réclamait des indemnités pour n'avoir pas exercé son devoir de surveillance, allait jusqu'au Tribunal fédéral. Qui la déboutera, qualifiant «d'affligeante» la légèreté de ses anciennes autorités. Après les élections communales de 2006, une nouvelle équipe, motivée, s'installe à l'exécutif. Pour réduire le découvert, elle veut mettre en zone à bâtir une parcelle de 50 000 m2. Mais un particulier multiplie les oppositions. Les brimades envers le Conseil communal se succèdent. Dernièrement, l'assemblée des citoyens refuse les comptes 2007 au bulletin secret. La goutte d'eau qui fait déborder le vase. Eric Demierre, le syndic démissionnaire, fait part de son amertume: «Nous avions le soutien d'une majorité de la population. Mais une minorité de perturbateurs ont systématiquement entravé notre action.»

A l'entendre, avec un peu de bonne volonté, il aurait été envisageable de remettre à flot la commune. Mais pas dans un tel climat d'hostilité. Il plaide donc, comme le préfet, pour une fusion, afin d'élargir l'horizon des administrés. «Le canton a le droit de l'imposer. Par ailleurs, le Grand Conseil a accepté en automne dernier le principe de nouvelles incitations financières. Il faut en profiter», relève-t-il. Cela tombe bien: il existe justement un vaste projet visant à marier les différentes communes de la région du Gibloux, de façon à former une entité de 8000 habitants. Nicolas Deiss espère qu'il se concrétisera d'ici à 2011. Plus besoin dès lors de nommer de nouvelles autorités à Vuisternens-en-Ogoz, qui, durant ce laps de temps, resterait placé sous la responsabilité de l'Etat.