Jean-Michel Cina sera probablement conseiller d'Etat en mars prochain. Tous les obstacles se sont en effet miraculeusement évaporés ces dernières semaines, qui auraient pu l'empêcher de laver l'affront de 1997. Cette funeste année-là, Peter Bodenmann avait ravi aux Noirs du Haut-Valais leur strapontin gouvernemental. Mais aujourd'hui, la principale rivale de Cina à l'investiture des Noirs, la présidente de Brigue Viola Amherd, s'est retirée de la course sans explication. Tellement, en fait, l'explication était évidente: l'élection de Jean-Michel Cina lui ouvrirait de facto, comme première vient-ensuite, les portes du Conseil national. Hier dans la presse valaisanne, Jean-Michel Cina jurait qu'aucun arrangement n'avait eu lieu. Toujours est-il que ce n'est pas avec cette élection que le président de Salquenen se débarrassera de sa réputation de ladykiller acquise sous la Coupole.

Autre configuration favorable: Wilhelm Schnyder, qui détient le siège des Jaunes – la branche chrétienne-sociale du PDC haut-valaisan –, ne se représente pas et lesdits Jaunes n'ont aucune personnalité d'envergure à mettre en avant.

Leur seul candidat crédible aurait été le président de la Chambre valaisanne de commerce, Thomas Gsponer, mais celui-ci a claqué la porte d'un parti où il était sans cesse minorisé en raison de ses positions ultra-libérales. Thomas Gsponer a bien tenté de négocier une place sur la liste UDC, avant, là aussi, de renoncer suite aux dérapages de la campagne sur les naturalisations. Reste la possibilité d'une candidature indépendante que Thomas Gsponer n'exclut pas: «Pourquoi pas avec d'autres personnalités, pourquoi pas du Valais romand et pourquoi pas une femme?»

Plus qu'un cataclysme

Thomas Gsponer jure qu'il n'a pas encore appelé Chantal Balet, mais revendique l'abandon des critères purement régionalistes: «On ne devient pas conseiller d'Etat pour défendre un district ou une région mais tout le canton». N'empêche: comme le Haut-Valais – pour assurer le maintien de ses deux sièges – vote de façon plus ethnique que partisane et comme le deuxième siège germanophone, celui du socialiste Thomas Burgener, branle également au manche en raison des turbulences hospitalières, il faudrait plus qu'un cataclysme pour faire trébucher Jean-Michel Cina. Un cataclysme qui pourrait s'appeler Oskar Freysinger, qu'on soupçonne de vouloir déposer ses papiers de l'autre côté de la Raspille. Mais ni le bilinguisme ni l'habileté en versification allemande ne suffisent à transformer quiconque en Haut-Valaisan pur jus. La preuve: Jean-Michel Cina lui-même, comme ressortissant de Salquenen sur la frontière linguistique, se voit contester cette précieuse AOC et avouait hier que ce reproche de n'être qu'un «demi-Haut-Valaisan» était celui qui «l'agaçait le plus». On comprend bien pourquoi.