Le Temps: Vous attendiez-vous à un résultat si net?

Hermann Suter: Non, pas du tout. Je suis surpris et heureux qu’une majorité du peuple et des cantons ait rejeté l’initiative. En revanche, le vote des cantons romands m’attriste.

– Qu’est-ce que ce vote exprime, selon vous?

– Une majorité de la population a reconnu que cette initiative était contre l’armée de milice. C’est une gifle pour le GSsA et le Parti socialiste qui veulent détruire cette armée.

– On sait que la menace a changé. L’armée de milice n’est-elle pas un concept dépassé?

– Non, pas du tout, c’est le seul concept que la Suisse puisse financer, le seul qui soit vraiment utile, car chaque citoyen doit faire preuve de responsabilité. Le fait d’avoir une arme à disposition reste important. Un vrai soldat, c’est un soldat avec une arme et de la munition.

– Il est pourtant peu probable que la Suisse soit attaquée par des pays environnants.

– Cette thèse est un conte de fées. Regardez ce qui s’est passé en Egypte et en Tunisie. Une nation sans armée est perdue. On ne sait pas ce qui se passera en Suisse dans cinq ans. On ne sait pas si l’OTAN ou l’UE existeront encore d’ici là. C’est pourquoi la Suisse a besoin d’une armée forte.

– Il n’y avait donc rien de bon selon vous dans cette initiative?

– Absolument rien. Les arguments concernant la prévention de la violence domestique et des suicides représentaient une tentative stratégique pour masquer le vrai but de l’initiative. Les études qui établissent une corrélation entre le fait de posséder une arme d’ordonnance et le passage à l’acte ne sont pas fiables. Je déplore le fait que 90% des médias se soient attachés à tromper le peuple, c’est un scandale.

– Les opposants n’ont-ils pas avancé des arguments trompeurs, notamment lorsqu’ils ont affirmé qu’un oui à l’initiative menacerait l’existence des sociétés de tir?

– Il faut savoir que 80% des sociétés de tir font leurs exercices et leurs compétitions à l’aide de l’arme de milice. L’initiative les menaçait à cause de toute la bureaucratie et des complications qu’elle voulait introduire. De plus, du point de vue écologique, elle était d’une parfaite imbécillité, à cause de tous les déplacements qu’elle impliquait.

– Selon les initiants, l’échec de l’initiative serait dû au budget dix fois supérieur des opposants.

– Cet argument ne tient pas. Comme je l’ai dit, plus de 90% des médias étaient favorables à cette initiative. Il est totalement déplacé de parler de notre budget, car nous étions obligés de lutter contre cette avalanche médiatique.

– Allez-vous accepter de concrétiser les points les moins contestés de l’initiative, à savoir l’interdiction des armes particulièrement dangereuses, la création d’un registre national des armes, et la collecte des armes à feu par les cantons et la Confédération?

– Je dis clairement non à ces trois points. Dans la loi actuelle, il y a déjà des restrictions très sévères pour les armes comme les fusils à pompe. Un registre national ne sert à rien. Les cantons disposent déjà de registres, il suffit de les rassembler. La collecte des armes est une imbécillité qui ne sert à rien et coûte cher.

Les Verts et les socialistes sont de mauvais perdants. Ils devraient se taire maintenant. Je suis président du groupe Giardino, qui se bat pour une armée de milice forte. Nous allons maintenant lancer la contre-offensive.

– C’est-à-dire?

– Nous allons notamment discuter de la question de la restitution de la munition de poche aux soldats.