«J'avais prévu de quitter le Grand Conseil neuchâtelois mardi soir.» Jean Studer, président de la commission parlementaire qui a rédigé la nouvelle Constitution, et conseiller aux Etats depuis la fin de l'année dernière, avait annoncé qu'il démissionnerait du parlement cantonal une fois le débat constitutionnel terminé, pour se consacrer à son mandat fédéral.

L'avocat socialiste jouera les prolongations. Non pas que la Constitution n'ait pas été ratifiée par le parlement, mais parce qu'il est conscient de la nécessité d'aller la défendre devant le peuple, appelé à voter le 24 septembre.

«Il serait téméraire de croire que l'unanimité du Grand Conseil est garante d'une approbation populaire, relève Jean Studer. L'absence d'opposition ce mardi doit constituer le socle d'une action particulière du parlement pour présenter, expliquer et faire voter notre Constitution.» Avec sa commission, il a décidé de faire une campagne originale et didactique, en organisant des débats, au travers d'annonces ou par le biais de comités de soutien. «J'aimerais en particulier compter sur le relais des milieux scolaires. A l'occasion des 150 ans de la République neuchâteloise, à la Vue-des-Alpes, les élèves nous ont prié d'offrir le droit de vote aux étrangers. Nous l'avons réalisé. Je dis maintenant aux jeunes: nous vous avons entendu, ne nous laissez pas tomber, c'est à présent à vous de soutenir cette nouveauté, en allant voter, ou en incitant vos parents à le faire !»

Jean Studer sait que l'enjeu principal de la nouvelle Constitution neuchâteloise se trouve à son article 37, celui qui accorde le droit de vote aux étrangers résidant depuis cinq ans au moins dans le canton. Ils sont 22 700 de plus de 18 ans. L'actuel corps électoral neuchâtelois compte 103 000 ayants droit.

Opposants en première lecture

Lors de la première lecture de la nouvelle Constitution (Le Temps du 7 mars), neuf députés (sept libéraux et deux radicaux) s'étaient opposés au droit de vote cantonal des étrangers. Ils avaient été minorisés par 81 autres députés. Mardi soir en seconde lecture, ces opposants ne se sont plus manifestés. L'article 37 n'a suscité aucun débat, et au vote final, les 98 députés présents se sont levés pour adopter la charte.

S'il a fallu trois jours pour examiner les 107 articles début mars, il a suffi d'une vingtaine de minutes mardi pour les confirmer. Les deuxièmes lectures ne font pas partie de la culture politique neuchâteloise: en général, le Grand Conseil adopte ou refuse les lois au travers d'un unique débat.

Ainsi, toutes les options prises en mars ont été avalisées. Laurence Boegli (POP) s'est attirée les foudres de la droite, lorsqu'elle est revenue à la charge pour diminuer le nombre de signatures nécessaires pour faire aboutir une initiative, de 6000 actuellement à 4500. «Pas question de brader la démocratie», a rétorqué le libéral Michel Barben; «6000 signatures pour un corps électoral de plus de 120 000 personnes, ce n'est pas un obstacle insurmontable», a renchéri le radical Didier Burkhalter. Le Grand Conseil a donc voté le maintien à 6000 paraphes, par 51 voix contre 46. Il a pourtant décidé de ramener de 6000 à 4500 le nombre de signatures pour le référendum.

«Le maintien à 6000 signatures pour l'initiative populaire constitue un regret, confie Jean Studer. Mais très honnêtement, c'est le seul. Et il est largement compensé par l'adoption du droit de vote des étrangers, de la motion populaire, ou la possibilité offerte aux communes de faire élire leurs exécutifs par le peuple, alors qu'aujourd'hui, ils sont obligatoirement désignés par les conseils généraux. Tout au long des débats, j'ai vu un Grand Conseil ouvert, parfois au-delà de ce que j'imaginais.»