A l'échelle genevoise, c'est un petit miracle. Traditionnel champion des batailles scolaires, le canton s'apprête à tourner une page, en réglant en douceur le sort de son Cycle d'orientation: comme l'a appris Le Temps, la Commission de l'enseignement du Grand Conseil a adopté hier à l'unanimité le contre-projet aux deux initiatives contradictoires qui visent à réformer le Cycle d'orientation. Au cœur de la future loi: la revalorisation de la filière professionnelle. La décision de la commission devra encore être avalisée par le plénum en juin, et le dernier mot reviendra au peuple en décembre.

■ Double épée de Damoclès

Pour Charles Beer, patron socialiste de l'Ecole, c'est un signal politique fort, qui vient clarifier une situation complexe. Car la réflexion des élus a été menée sous la pression d'une double épée de Damoclès: celle des deux initiatives qui proposent des solutions opposées pour l'avenir du secondaire obligatoire. L'une plaide pour l'instauration de multiples sections; l'autre réclame des classes hétérogènes composées d'élèves de tous les niveaux. Mais aucune ne remporte l'adhésion. Avec leur solide contre-projet, les élus espèrent convaincre les initiants des deux bords de retirer leurs textes.

La situation actuelle n'est pas davantage acceptable, de l'avis général de la classe politique: le Cycle est aujourd'hui découpé en deux regroupements: A pour les élèves qui se destinent à une formation gymnasiale, et B pour les autres. Le premier concentre 80% des effectifs. Un déséquilibre décrié, car de nombreux élèves échouent en première année du post-obligatoire. Quant à la filière B, elle se trouve dévalorisée.

■ Ce qui a été écarté

La commission aura travaillé six mois avant de parvenir à un compromis acceptable à toutes les sensibilités politiques. Avec un noyau dur: un accord initial passé par les partis socialiste, vert, PDC et radical sur les grands principes du Cycle. Au fil des séances, chacun a mis de l'eau dans son vin. Au chapitre des concessions: le PS a renoncé à la 7e année hétérogène qu'il appelait de ses vœux, admet Christian Brunier. Et les libéraux ont abandonné l'idée de créer une sorte de «voie express» réservée aux élèves particulièrement doués, souligne Janine Hagmann.

■ Ce qui va changer

Le contre-projet adoubé par la Commission de l'enseignement, que nous nous sommes procuré, prévoit une répartition des élèves en trois regroupements en 7e année, en fonction des notes obtenues à la fin de l'école primaire. Les mêmes disciplines leur sont enseignées, mais l'encadrement diffère: les classes d'élèves ayant des lacunes devraient compter un effectif réduit. «Dans chaque regroupement, l'élève approfondit et développe ses connaissances et compétences pour s'orienter dans l'une des trois sections des deux années suivantes», stipule la loi. Et en 7e, l'orientation devra faire l'objet d'«une information scolaire et professionnelle adéquate».

Car dès la 8e, on retrouve les sections, au nombre de trois. Particulièrement valorisée, celle que l'on a baptisée «Communication et technologie», qui prépare à la filière professionnelle. La section «Langues vivantes et communication» prépare notamment à l'Ecole de culture générale, à la maturité spécialisée, à la matu professionnelle et à la formation commerciale. Finalement, la section «Littéraire et scientifique» vise surtout à orienter les élèves vers la maturité gymnasiale. Elle laisse le choix entre le profil latin, langues vivantes ou sciences. La loi précise toutefois que cette section permet également de se diriger ensuite vers un apprentissage. Par ailleurs, la notion de «passerelles» entre les sections est inscrite dans la loi.

■ Ce qui reste à accomplir

«On revient enfin à un vrai Cycle d'orientation», se réjouit Christian Brunier. Pour le socialiste, particulièrement satisfait de voir la filière professionnelle valorisée, le défi sera désormais «de convaincre les patrons de jouer le jeu», en engageant plus facilement des jeunes de 15 ans. «Car ils ont tendance à privilégier ceux qui ont 18 ans.» Pour l'élu, il faut faire comprendre aux élèves du Cycle qu'«il n'y a pas que la matu dans la vie: on peut très bien gagner sa vie en étant plombier!»