«Quant à ceux qui conseillent aux francophones de se mêler de leurs affaires, je réponds que la pédophilie ne connaît pas les frontières linguistiques.» La phrase de la socialiste romande Marlyse Merazzi, lancée jeudi au Conseil de ville (parlement) de Bienne, en dit long sur l'affrontement de deux camps: l'un, majoritairement francophone, qui demandait la destitution de la commission scolaire – alémanique – ayant titularisé un enseignant condamné pour attouchements sur des élèves; l'autre, essentiellement alémanique, qui estimait qu'elle avait fait son travail correctement.

La motion de Marlyse Merazzi sur la non-reconduction de la commission a finalement été refusée à quatre voix près; 30 voix se sont ensuite prononcées pour la réélection en bloc des six membres de la commission. Un résultat qui n'a pas vraiment surpris Sonja Gurtner, du PSR (Parti socialiste romand), qui avait mené la fronde contre Irène Truffer, présidente socialiste de la commission. «Il y avait déjà un gros clivage en séance de groupe.» Clivage observé au sein de tous les partis.

L'argument avancé par les Alémaniques, selon lequel la commission n'avait pas commis d'erreur, était rejeté par les Romands. Restaient ceux qui estimaient que l'affaire ne concernait pas ces derniers. «Qu'est-ce qu'on veut se mêler de tout ça, c'est une affaire entre Alémaniques: voilà ce que m'a dit un parlementaire romand», s'étrangle Patrick Calgari, du Parti de la liberté. «Une parlementaire alémanique du PS m'a dit que ça ne me regardait pas», renchérit Sonja Gurtner.

Les raisons avancées pour expliquer le décalage ne manquent pas. Un premier argument sur lequel de nombreux s'accordent concerne la médiatisation en terres francophones de cas de pédophilie particulièrement sordides, comme l'affaire Dutroux. Mais il ne suffit pas. «Il y a aussi des histoires d'amitié, glisse Sonja Gurtner. Et puis, on fait bloc autour de sa copine de langue.» L'argument fait bondir René Eschmann, président du groupe UDC, qui s'était prononcé pour le maintien de la commission, à laquelle appartient un de ses membres. «C'est trop facile d'avancer ce genre d'arguments. Nous savons que la commission a pris son travail à cœur.»

Niklaus Baltzer, président du PS biennois, avance d'autres hypothèses. «Les Romands, selon lui, croient plus à l'Etat, au service public, que les Alémaniques. La commission, en tant que représentation des autorités, a fait l'objet de leur colère décuplée. Par ailleurs, la minorité francophone qui soutenait la commission a peut-être eu peur que l'intolérance dans la société ne prenne une direction dangereuse, que la chasse aux sorcières ne prenne trop d'ampleur. Irène Truffer n'a pas une position forte au sein du PS. C'est plutôt qu'il n'existe aucun argument, même éthique, pour dire que la commission a fait une erreur.»