Serait-ce l’affiche de trop? En découvrant dans les médias le dernier visuel du Mouvement Citoyens genevois (MCG), le sang des syndicalistes genevois n’a fait qu’un tour et ils le feront savoir. C’est dans la rue, à l’occasion d’une manifestation agendée au 1er juin, que la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) entend crier sa «colère» et son «indignation».

En prévision des élections cantonales genevoises du 6 octobre prochain, le parti populiste a décidé de charger son bouc émissaire préféré: les frontaliers. Illustrée d’une photo de Michel Charrat, président du Groupement transfrontalier européen, l’affiche du MCG ne pourrait pas être plus claire: «Les ennemis des Genevois! Frontaliers ASSEZ! Réservons les emplois aux Genevois!»

Une attaque ad hominem et ad personam à laquelle le premier intéressé a déjà réagi la semaine passée dans la «Tribune de Genève», en parlant «d’utilisation abusive de son image». Dans la foulée, la CGAS a estimé qu’elle devait à son tour «dénoncer ce qui est inacceptable», confie son président, Alessandro Pelizzari.

«Cette affiche renoue avec la tradition la plus sombre de l’extrême droite de ce pays, écrit la CGAS dans un communiqué. Face à la crise économique, au chômage, à l’augmentation des inégalités et à la pression sur les conditions de travail, celle-ci a toujours désigné des boucs émissaires et poussé les travailleurs à se rejeter les uns les autres: avant-hier elle s’en est prise aux Italiens et aux Espagnols, hier aux Kosovars et aujourd’hui aux frontaliers.»

Or, développe Alessandro Pelizzari, «la position syndicale est claire sur la question des frontaliers: nous devons tout faire pour protéger les salaires, pas pour protéger les frontières». Il estime que les syndicats genevois «sont les premiers à dénoncer le dumping salarial. Nous le faisons chaque semaine. Le patronat a toujours su jouer la carte de la concurrence entre les salariés. Le dumping est donc un problème patronal, pas un problème de frontaliers.»

«Le silence n’était plus possible»

Reste un sentiment paradoxal: en appelant à manifester contre un message qu’ils dénoncent, les syndicats ne tombent-ils pas dans le piège du MCG, qui démontre ainsi une nouvelle fois qu’il sait faire parler de lui par tous les moyens? «Bien sûr que nous nous sommes posé la question, répond Alessandro Pelizzari. Si les médias n’avaient pas déjà souligné cette polémique, nous n’aurions probablement pas réagi. Mais à partir du moment où il y a un «buzz» autour de cette affiche et que son message est relayé, nous avons estimé que le silence n’était plus possible.»

Pas de quoi démonter le président d’honneur du MCG, Eric Stauffer, pour qui ses détracteurs «n’ont pas les neurones nécessaires pour comprendre la ligne du MCG! Ils feraient mieux de dépenser leur énergie à défendre les intérêts des résidents genevois. Le MCG ne fait pas de préférence nationale, il considère qu’il faut défendre les résidents avant d’aller chercher de la main-d’œuvre dans toute l’Europe.»

Eric Stauffer l’assure, «les frontaliers ne sont pas nos ennemis, ils profitent d’un système qu’il faut changer». Le message de l’affiche serait ainsi plus subtil, poursuit-il: «La photo qui est sur cette affiche a été prise lors d’une manifestation anti-MCG. Nos ennemis, ce sont ceux, comme Michel Charrat, qui viennent s’immiscer dans les affaires genevoises et se permettent de dénoncer avec virulence un parti démocratiquement élu comme le nôtre.»

L’affaire promet de ne pas en rester là, puisque selon nos informations, des actions en justice semblent d’ores et déjà être envisagées contre l’utilisation de cette photo par le MCG, jugée abusive.