Lorsque plus de 100 000 entreprises, commerces, restaurants, voyagistes, hôtels, acteurs du tourisme sont dans l’impossibilité de travailler ou accusent un recul majeur de leur chiffre d’affaires, est-il encore décent de parler de «cas de rigueur»? La question doit être posée. Elle n’est pas uniquement sémantique. Elle est politique.

L’automne dernier, lorsque la notion de «cas de rigueur» – une expression qui s’inspire du droit d’asile – a été incluse par le parlement dans le dispositif des aides Covid-19, personne n’imaginait qu’une deuxième vague destructrice déferlerait sur l’économie et la société suisses (et européennes).

On partait de l’idée que les soutiens supplémentaires qui seraient nécessaires ne concerneraient que les forains, acteurs de l’événementiel et agences de voyages, soit les activités qui étaient passées entre les mailles des filets de sauvetage tendus durant le printemps.

La réalité est aujourd’hui très différente, et bien plus largement dramatique. Tant de commerçants, d’indépendants et de restaurateurs ont besoin d’argent frais immédiat pour survivre qu’on ne peut plus parler de «cas de rigueur», mais d’une crise économique et sociale de premier plan. Il est normal que l’Etat leur vienne en aide à fonds perdu.


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Grâce au frein à l’endettement, la Suisse affiche une dette publique basse. La situation budgétaire de la Confédération était saine avant la pandémie. Elle peut se permettre de délier les cordons de sa bourse – et, fédéralisme oblige, d’appeler les cantons à faire de même – pour épauler ceux qui font les frais de ses décisions sanitaires.

Cinq milliards, c’est une grosse somme. On ne sait pas si tout sera dépensé. Et l’on peut bien sûr comprendre que l’on cherche à éviter des abus, car il peut y en avoir. Il y en a eu avec les prêts covid en 2020. Ils sont toutefois restés marginaux, à peine 1% des dossiers et des montants versés, selon les statistiques de l’administration fédérale. Ce risque paraît minime par rapport à la nécessité de compenser les revenus perdus par les dizaines de milliers de commerces à qui l’Etat a demandé d’arrêter de travailler.