Conférence de presse un brin surréaliste à propos du référendum sur la mise en application de l’initiative UDC «contre l’immigration de masse». D’un côté, le politologue et ex-député socialiste au Grand Conseil tessinois Nenad Stojanovic, à l’origine de la démarche malgré son soutien ouvertement affiché à la loi, ainsi qu’un mouvement de citoyens (le «Bürgerrechtsbewegung Schweiz» en allemand) qui se bat pour une Suisse solidaire et respectueuse de l’état de droit. De l’autre, deux comités positionnés à droite, qui eux s’insurgent de la manière dont le parlement a interprété le texte de la constitution en établissant une préférence indigène «light» pour les travailleurs résidant en Suisse. Ils ne comprennent pas pourquoi le législateur a refusé de fixer des contingents, pourtant expressément exigés par l’initiative.

Pour ces quatre acteurs qui forment désormais une alliance contre-nature, la course contre la montre a commencé: ils doivent réunir 50’000 signatures d’ici au 7 avril prochain. Actuellement, ils n’en ont qu’un bon millier.

Nenad Stojanovic n’est pas un inconnu au Palais fédéral. Il a été collaborateur scientifique au sein de l’état-major du conseiller fédéral Moritz Leuenberg, correspondant parlementaire du «Giornale del Popolo» et membre du comité directeur du Parti socialiste sous l’ère de Hansjürg Fehr de 2004 à 2008. Il a répété pourquoi il souhaitait provoquer un vote populaire: il ne veut pas laisser aux partis populistes le champ libre pour hurler à la «trahison de la patrie».

Aux antipodes du politologue, deux comités de droite forment des alliés de circonstance. Le premier est animé par Willy Vollenweider, un ingénieur et chef de PME qui compare le 16 décembre 2016 – date de la décision des Chambres – au «Marignan de la démocratie directe». Ce Zougois se déclare «horrifié» par la manière dont le parlement s’est écarté de la Constitution. «Celui qui dort dans la démocratie se réveille dans une dictature», assène-t-il. Voici un an, il avait tenté en vain de lancer un référendum contre la dernière réforme de l’armée suisse.

Enfin, une étudiante, Sandra Bieri, incarne le mouvement «Non à la violation de la Constitution». Elle craint que le parlement interprète de plus en plus librement le texte des initiatives approuvées, comme cela a été le cas pour la protection des Alpes ou les résidences secondaires: «Il s’agit de donner un signal à l’establishment», insiste-t-elle.

Fort de ces soutiens, Nenad Stojanovic se dit «modérément optimiste». Pourtant, la réalité ne confirme pas cette déclaration. Les référendaires ne disposent pas de la logistique d’une association patronale ou syndicale. De plus, ils n’ont pas non plus de ressources financières. Le politologue tessinois ne dramatiserait toutefois pas un échec de la récolte de signatures: «Cela montrerait que le peuple n’est pas si mécontent que cela de la loi d’application du parlement».