Mobilité

Une ambulance en zone 30: il faut adapter la loi

Abaisser la vitesse de conduite de nuit à 30 km/h n’est pas sans conséquence pour les services d’urgence. Les conseillers nationaux Olivier Feller et Nicolas Rochat Fernandez demandent d’adapter Via sicura

Il y a trois semaines, le canton de Vaud et la ville de Lausanne annonçaient qu’ils allaient abaisser la vitesse maximale à 30 km/h de nuit sur certaines routes afin de réduire le bruit engendré par le trafic. Dès le premier trimestre 2020, les autres communes vaudoises pourront mettre en œuvre le 30 km/h de nuit sur leurs axes routiers à certaines conditions. Cette mesure est également mise en œuvre ou susceptible de l’être dans d’autres cantons.

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Suite à quoi les associations des ambulanciers, des sapeurs-pompiers professionnels et des fonctionnaires de police de Lausanne se sont manifestées. Elles souhaitent que l’impact de cette mesure sur les délais d’intervention des services d’urgence soit pleinement évalué avant la mise en œuvre du projet. «Cela permettrait la prise de mesures complémentaires garantissant que les services d’urgence puissent exercer leurs missions dans les meilleures conditions possibles», disent-elles.

Les trois associations ont par ailleurs réclamé l’ajout de plaques «excepté police, service du feu, ambulances» aux panneaux de limitation de la vitesse à 30 km/h entre 22h et 6h. Mais cette signalétique ne faisant pas partie des panneaux autorisés par l’Office fédéral des routes, cette solution n’a pas pu aboutir pour l’instant.

En cas d’urgence vitale, chaque minute compte

«En cas de limitation à 30 km/h, circuler à 70 km/h est un crime sanctionné par une peine privative de liberté de 1 à 4 ans ainsi qu’un retrait du permis de conduire pendant au moins 2 ans», dénoncent-elles. «Des poursuites pénales seront systématiquement ouvertes contre les conducteurs contrôlés à cette vitesse, même si l’intervention en urgence est justifiée.

Pourtant, lors d’urgences vitales, l’allongement des délais d’intervention est inadmissible et les conséquences peuvent être dramatiques.» Un exemple: une personne en arrêt cardiorespiratoire sur laquelle aucune manœuvre de réanimation n’est entreprise voit ses chances de survie diminuer de 10% chaque minute qui passe jusqu’à l’arrivée des secours. Le temps de réponse pour une ambulance était déjà de sept minutes en moyenne entre l’alarme à l’équipage et l’arrivée auprès du patient en 2018 à Lausanne.

Entendant cette réclamation, deux parlementaires fédéraux, le PLR Olivier Feller et le socialiste Nicolas Rochat Fernandez, ont conjointement déposé ce jeudi une motion au Conseil national. Ils demandent d’adapter le paquet légal de Via sicura pour que les services d’urgence puissent accomplir leur travail dans les conditions requises par leur mission – y compris lorsque la vitesse est limitée à 30 km/h.

«L’abaissement de la vitesse maximale à 30 km/h de nuit soulève un problème majeur pour les services d’urgence», dénoncent-ils. Le cas actuellement traité par les tribunaux genevois d’un policier accusé d’excès de vitesse lors d’une intervention semble légitimer leurs préoccupations.

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«Il est par ailleurs évident que le respect strict de la limitation de la vitesse à 30 km/h sur certaines routes aura pour effet d’allonger les délais d’intervention, ce qui pourrait avoir des conséquences dramatiques pour la population dès lors que chaque minute compte lorsque le diagnostic vital est en jeu», reprennent-ils.

«Il convient donc d’adapter le programme de sécurité routière Via sicura de manière à ce que les services d’urgence puissent accomplir leur travail dans les conditions requises par leur mission d’intérêt public, y compris dans les zones où la vitesse est limitée à 30 km/h de nuit, sans devoir craindre des sanctions aussi disproportionnées qu’injustifiées.»

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