Transports publics

Une ancienne conductrice canadienne se confronte aux chauffeurs genevois  

Nathalie Lagacé, de Montréal, est l'auteure de l'auto-fiction Terminus, dans laquelle elle peint le quotidien d'une profession malaisée, conducteur des transports publics. De passage au Salon du Livre, elle a rencontré des chauffeurs des TPG

Porter un regard croisé sur les difficultés d’une profession. C’est dans ce but que les conducteurs des Transports publics genevois (TPG) sont venus échanger, cette semaine, avec Nathalie Lagacé. De passage à Genève à l’occasion du Salon du Livre, elle est l’auteure de l’ouvrage Terminus dans lequel elle narre le quotidien tumultueux d’une conductrice d’autobus à Montréal.

Une confrontation d’autant plus utile à l’heure où la direction des TPG vient de parvenir à trouver un accord avec les syndicats pour améliorer les conditions de travail de ses employés. Les esprits s’étaient échauffés en février dernier. Les employés se plaignaient, entre autres, d’horaires de travail difficiles et d’un manque de personnel. Ainsi, l’accord signé la semaine dernière prévoit notamment l’embauche d’une centaine de conducteurs sur trois ans ou encore la formation des collaborateurs à davantage de polyvalence ce qui devrait faciliter la réorganisation des horaires.

«On a gagné en confort mais on a perdu en incivilité»

Des conditions de travail aussi peu évidentes outre-atlantique comme le confesse l’écrivaine. «On a souvent l’impression à Montréal que notre uniforme porte la valeur de ceux qui n’ont pas d’éducation, ce qui est faux, j’ai eu des collègues qui étaient médecins, d’autres doctorants. Etant donné que pour avoir ce poste, on n’a pas besoin de diplôme, on porte un peu une image qui n’est pas la nôtre.»

En 2015, Genève avait été le premier canton permettant à ses conducteurs d’obtenir un diplôme grâce à une certification. Dans la salle, les conducteurs genevois présents n’ont d’ailleurs pas témoigné de difficultés particulières à porter leur tenue. Cette conductrice TPG depuis plus de trente ans le confirme: «Il y a une vraie évolution du métier. Avant, nous étions vus comme une personne qui manoeuvrait son véhicule. Maintenant nous sommes au service de la clientèle: nous assurons l’accueil, nous donnons des renseignements. Les passagers se rendent compte de tout cela. Il y a plus de respect parce que le métier est devenu plus compliqué.»

L’écrivaine canadienne est également revenue sur sa relation avec les différents usagers. «On a beaucoup de contacts avec la clientèle qui des fois peut être frustrée parce qu’elle a attendu longtemps. On reçoit rapidement les insultes», raconte t-elle. Une situation quotidienne aussi tristement vécue par les chauffeurs genevois. «Les insultes, on les encaisse», témoigne l’une d’entre eux. Cette dernière tente par ailleurs de relativiser la question et décrit une forme d’équilibre: «Sur trente ans, on a gagné en confort véhicule, en confort tenue, en qualité d’horaires mais on a perdu au niveau d’incivilité, au niveau de la clientèle qui est plus exigeante.»

Femme et conductrice d’autobus

A Montréal, 30% du personnel de la société de transport sont des femmes, contre seulement 10% à Genève. «Un chiffre qui n’a pas évolué depuis 30 ans», déplore l’une des conductrices présente. Cette dernière se met à échanger avec Nathalie Lagacé sur leur quotidien de femme conductrice. «Au moins une fois par mois, on me disait bonjour monsieur», lance l’écrivaine. «Cela m’arrive aussi, souvent», répond tout sourire, la Genevoise. Les deux conviennent que la faible représentation des femmes rend le métier valorisant pour elles. Reste qu’il peut être dangereux. «J’avais un peu peur le soir», confesse la Canadienne. Face à elle, la Genevoise reconnaît sa chance de ne jamais avoir été trop inquiétée.

Interpelé, Denis Berdoz, directeur général des transports publics genevois, a vivement réagi: «L’intérêt de la mixité pour l’entreprise est une évidence, même si elle avance lentement.» Ce dernier a d’ailleurs rappelé la récente entrée de deux femmes au collège de direction exclusivement masculin auparavant.

Un passage du livre de Nathalie Lagacé interpelle: «Regardez bien autour de vous et faites votre repérage parce que tous ceux qui sont en couples présentement, ne le seront plus d’ici deux ans.» L’auteur cite des formateurs cyniques qui présentent la difficile conciliation de ce métier avec une vie de couple. «C’est une réalité chez nous aussi. C’est vrai que les séparations arrivent très souvent dans notre métier», rétorque un des conducteurs genevois. Pour prévenir ce risque, la direction des TPG invite les candidats à venir accompagnés de leurs conjoints lors des réunions d’informations, explique Denis Berdoz. «On leur explique très clairement que les horaires sont compliqués.»

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