Genève

Une balade au Monténégro embarrasse les Verts genevois

Un voyage de l’Association des communes genevoises au Monténégro met les Verts mal à l’aise: en porte-à-faux avec la lutte pour le climat, ils prendront l’avion. Mais ils promettent de réagir à l’avenir

Il faut avouer que le climat, au sens propre comme au figuré, n’est guère propice aux voyages en avion. Les élus devraient le savoir, et les Verts en particulier. Avec des milliers de jeunes dans la rue pour dénoncer l’inaction des politiques en matière de réchauffement climatique, les voyages gourmands en dioxyde de carbone sont en ligne de mire. D’autant plus que certains ont relevé l’inconséquence des manifestants, soupçonnés d’apprécier le low cost mais prompts à tirer sur les politiques.

Or ceux-ci, justement, ne dédaignent pas l’avion. Cette année, l’Association des communes genevoises (ACG) a choisi pour destination le Monténégro, après Malte l’année dernière. Trois jours d’escapade au joli mois de mai, 130 inscrits (essentiellement des conseillers administratifs), un budget par personne de 2300 à 2500 francs, un vol opéré par Swiss, le paiement de la compensation du CO2 prévu, environ 12 francs par personne. Parmi les participants, 6% sont Verts, dont le président du parti cantonal et candidat au Conseil national, Nicolas Walder. Est-ce que l’un d’entre eux s’en est ému? «Non, nous n’avons reçu aucune demande pour changer de destination, répond Xavier Magnin, président de l’ACG et conseiller administratif PDC à Plan-les-Ouates. Celle-ci est choisie par le comité, et la question de l’avion fait partie des réflexions. D’ailleurs, il nous est arrivé de voyager en train.» A Lancy, le conseiller administratif Damien Bonfanti représente les Verts à l’ACG. Coïncidence: lorsque nous l’avons contacté, il se préparait pour une séance du comité prévue le jour même: «Nous avions prévu de questionner le budget, qui est dispendieux, notamment à cause de l’avion. Je vais donc ajouter ce point précis.»

Pourquoi aller en Europe et pas dans le Jura?

Depuis quelques mois, les voyages des élus agitent la République et au-delà. Mais il faudrait peut-être désormais y ajouter un nouveau point sensible, le moyen de locomotion. Un thème qui devrait être, somme toute, assez spontané chez les écologistes: «Or, on a l’impression que les élus verts, toujours prompts à de beaux discours sur l’urgence climatique, n’envisagent pas de mettre leurs paroles en pratique», estime un membre du parti qui préfère l’anonymat. Visé au premier chef, l’étoile montante du parti, Nicolas Walder qui, après Lisbonne en avril en compagnie du Conseil municipal de Carouge – voyage boycotté par les élus verts –, sera aussi de la balade monténégrine: «Bien sûr que ces voyages en avion sont problématiques, et les Verts étaient dans le passé bien seuls à le dire, répond-il. L’ACG n’a pas pris conscience de l’ampleur du phénomène.» S’il reconnaît que, pour l’instant, aucun magistrat n’a formellement demandé à l’ACG de renoncer aux voyages en avion, il annonce vouloir le faire prochainement. Mais qu’on ne compte pas sur lui pour se priver de ceux qui se profilent: «Un boycott sur le principe, c’est bien, mais pour la ville que je représente, ce n’est pas bien. Si on veut faire correctement son travail de maire, ces voyages sont un espace privilégié de discussion. Ils ne se remplacent pas.»

Une attitude que comprend Delphine Klopfenstein, députée au Grand Conseil: «Le boycott serait un coup de pub, mais le but qui doit être visé est l’arrêt de ces voyages en avion.» D’ailleurs, les points d’intérêt ne manquent pas, ironise François Lefort, parlementaire vert: «L’ACG pourrait, par exemple, aller dans les cantons de Vaud, de Neuchâtel et du Jura observer comment fonctionne la fusion des communes. C’est très pédagogique.» «Et si les élus ne voient pas tous les pays d’Europe, ce n’est pas grave», renchérit le député écologiste Mathias Buschbeck.

«Une certaine inertie»

Serait-ce qu’ils soient réellement coupables de ce dont une partie de l’opinion publique les accuse, à savoir l’inaction, ou la cécité devant des mouvements sociaux inédits? «Il y a chez les élus une certaine inertie, ils peinent à prendre le pouls de la société, admet Mathias Buschbeck. Il va falloir changer les habitudes. Le Conseil municipal de la ville de Genève l’a fait, maintenant c’est à Carouge que cela bouge. J’espère que l’an prochain, il n’y aura plus de voyages en avion.»

Encore faudra-t-il voir si la ferveur nouvelle à défendre le climat va perdurer, ou si elle figurera d’ici peu au catalogue des feux de paille contemporains. Au vu des escapades programmées polluantes, on ne pourra pas accuser les Verts genevois d’avoir récupéré à bon compte le mouvement citoyen pour le climat. Mais peut-être d’avoir raté le train.

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