Pas de quoi faire du lèche-vitrine. Il n'y aura pas de poupées gonflables, seulement des mannequins habillés. Après Fribourg, Beate Uhse part à la conquête du canton de Vaud. La célèbre firme allemande va ouvrir un megastore érotique dans une rue passante à Lausanne. La Municipalité n'a aujourd'hui rien contre ce commerce soft. Mais la police sera tout de même chargée de veiller à ce que «les limites de la visibilité» soient respectées.

«On y verra moins que sur le devant d'un kiosque…» Avec humour, Heinz Bleisch, le patron des 21 magasins helvétiques de la société, se veut rassurant. La vitrine de ce supermarché coquin ne comprendra aucune poitrine dénudée ou de sexe, mais de la lingerie sexy.

L'ouverture d'une précédente boutique au centre commercial d'Agy, dans l'agglomération fribourgeoise, a servi de test. «C'est un succès, et le megastore de Lausanne sera le début de notre expansion en Suisse romande», se félicite Heinz Bleisch, qui a d'autres projets. Le shop s'ouvrira jeudi prochain à la rue passante de l'Ale, avec une vitrine de plain-pied ouverte, contrairement à celles des sex-shops.

Large compétence d'appréciation

Il y a plusieurs années, Lausanne avait, pour des raisons de morale, interdit l'exploitation d'un peep-show. L'ouverture d'un tel megastore est en revanche libre, et ne nécessite pas d'autorisation préalable. Le règlement communal de police du commerce et des mœurs, datant de 1962 et en révision, réprime simplement tout habillement ou comportement contraire à la décence. La Municipalité se garde ainsi une large compétence d'appréciation.

Il existe six sex-shops à Lausanne. La rue de l'Ale étant notamment fréquentée par des écoliers, les agents municipaux se montreront attentifs au contenu de la vitrine du megastore. «Nous tenons compte des us et coutumes. Mais nous n'admettrons pas d'objets et de représentations sexuels explicites. En cas de besoin, nous rappellerons à l'ordre, comme on a parfois dû le faire avec les affiches du cinéma X Le Moderne», relève le directeur de la police, Bernard Métraux.

Pour Heinz Bleisch, pas de risque. La chaîne allemande vise une clientèle «d'hommes normaux», qui passent en faisant les courses, et les «sextrémistes». En fait, Beate Uhse avait déjà ouvert il y a quelques années un magasin plus spécialisé aux Pâquis à Genève. Celui-ci a depuis été fermé, à la suite de problèmes avec le propriétaire. Et aujourd'hui, selon le directeur, il ne correspondrait d'ailleurs plus au concept ouvert de la société.