Le sang du cordon ombilical permet de soigner des cancers, dont la leucémie. Mais pour le récolter et le stocker, les moyens manquent cruellement en Suisse. La société CordSavings, à Monthey, ambitionne de résoudre ce problème en créant une banque de sang de cordon autofinancée au service de tous.

En Suisse, les parents qui souhaitent profiter de la naissance de leur enfant pour recueillir les cellules souches contenues dans le cordon ombilical ont deux solutions: soit le donner à une banque publique de sang de cordon qui le met à la disposition de malades en attente d’une greffe, soit le conserver pour leur propre enfant en payant une banque privée.

Prélever, traiter et conserver de telles cellules coûte cher. Le business des banques privées de cellules souches est lucratif, mais il est très mal vu par la communauté médicale, qui pointe du doigt un manque généralisé de sérieux et d’éthique.

Quant aux banques publiques, elles peinent au niveau financier et voient leurs collectes annuelles stagner dangereusement: moins de 4000 échantillons en stock. Un nombre dérisoire et une contribution suisse très faible au réseau mondial de cellules souches de sang de cordon, confirme le professeur Jakob Passweg, chef du service d’hématologie de l’hôpital universitaire de Bâle.

Enorme gaspillage

Didier Nouziès, directeur de CordSavings, une société fraîchement implantée au BioArk de Monthey, juge la situation des banques publiques problématique: «Faute de moyens suffisants, la collecte de sang de cordon est faible, voire même carrément inexistante dans certains cantons. Plus de 98% des cordons sont jetés, c’est un énorme gaspillage tant les cellules souches sont déjà une ressource vitale pour la santé publique et tant elles sont prometteuses pour la médecine régénérative de demain», estime-t-il.

Pour y remédier, ce mathématicien et ingénieur français spécialiste des questions biotechnologiques a décidé de marier natalité et épargne au sein d’une banque mixte de sang de cordon. Elle sera «financièrement autonome et éthiquement responsable», assure-t-il.

Epargne cellules souches

Une partie des fonds permettant de financer les dons publics proviendra des familles qui auront choisi la conservation privée. Elles verseront 3500 francs, dont une portion sera allouée à un fonds d’investissement-épargne dédié aux cellules souches publiques, qui apportera un rendement financier aux parents.

«Ainsi, outre une conservation familiale du cordon désormais étroitement couplée à une démarche de solidarité, cette véritable épargne cellules souches sera récupérée à échéance, abaissant ainsi le coût de la conservation privée et la rendant accessible au plus grand nombre», détaille Didier Nouziès.

En complément de cela, des investisseurs institutionnels privés soucieux d’associer rentabilité et image positive souscriront aux côtés des familles à ce même fonds d’investissement dédié aux cellules souches.

Mobiliser l’argent du privé

Faire coexister et s’épauler les deux modèles de conservation existants en mobilisant des fonds privés n’effraie pas Didier Nouziès: «Les besoins de cette médecine du futur vont largement excéder les capacités des pouvoirs publics». Et de préciser «avec CordSavings, ce sont les intéressés eux-mêmes qui financent directement les deux sujets majeurs qui les préoccupent au quotidien: l’avenir de leurs enfants et la santé en général».

Pour le professeur Jakob Passweg, les collaborations public/privé ne sont pas inquiétantes, du moins si le modèle privé «fournit une prestation utile et éthiquement défendable». Au final, chacun des partenaires doit y gagner quelque chose mais dans une relation exigeante et équilibrée.

Dès 2014

Pour l’heure, CordSavings s’apprête à proposer un placement privé de 3,5 millions de francs de son capital-actions. «Le sujet est universel et intéresse de nombreux pays», assure son directeur.

Les premières collectes de cordons sont prévues à partir de septembre 2014. «D’ici à 2017, une trentaine de laborantins devraient intégrer nos locaux de Monthey», indique Didier Nouziès.