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Une bombe à l’origine du crash d’Halifax?

La télévision publique canadienne CBC a diffusé vendredi soir un documentaire sur la catastrophe aérienne de 1998 qui a coûté la vie à 229 personnes à Peggy’s Cove, en Nouvelle-Ecosse. Très attendu, «Swissair 111: The Untold Story» laisse un goût amer

Voici le sergent Tom Juby, qui fut enquêteur de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) lors de la tragédie de la Swissair. Dans un documentaire mené par l’équipe de l’émission «The Fifth Estate» sur la chaîne CBC, le gendarme confie: «Il y avait suffisamment d’éléments pour soupçonner qu’il y avait un dispositif incendiaire à bord. Mon avis est que c’était extrêmement suspect et que nous aurions dû continuer à mener des tests». A peine 10 jours après la catastrophe du vol SR 111 de Swissair (le 2 septembre 1998), son supérieur de Tom Juby l’aurait contraint à privilégier la thèse de l’accident, au détriment de l’hypothèse terroriste. «Nous n’avons pas mené une enquête adéquate. Aucune enquête criminelle n’a eu lieu», a alors déploré l’ancien enquêteur de la GRC.

Le sergent Juby a participé pendant quatre ans à l’enquête sur les causes de l’accident. Lors du documentaire diffusé par la CBC, le gendarme canadien s’est plaint des pressions exercées par ses supérieurs, dès lors qu’il aurait découvert de fortes concentrations de magnésium près du poste de pilotage. Ces éléments auraient été les pièces maîtresses d’un dispositif incendiaire. Swissair 111: The Untold Story est une enquête à l’Américaine, un documentaire d’une longue heure mené par des vétérans du journalisme, plusieurs fois récompensés au Canada. Pourtant, le résultat est bien décevant. Sur un fond alternant archives et quelques rares entrevues, le journaliste Linden McIntyre montre des images sensationnalistes, des restes de corps humains, des vidéos sous-marines de l’avion déchiqueté, des morceaux de valises, de passeports. Le documentaire accorde beaucoup de place aux spéculations. Ainsi, la thèse d’un attentat est évoquée en raison de la présence d’un prince saoudien dans l’avion, mais aussi de 500 millions de dollars de diamants ainsi que d’un tableau de Picasso qui n’ont jamais été retrouvés. Entre deux publicités, le sergent Juby n’en démord pas, il a été muselé par sa hiérarchie.

Ottawa défend ses conclusions

Depuis quelques jours, cette dernière maintient becs et ongles ses conclusions déposées en 2003. Le Bureau de la sécurité des transports du Canada rappelle dans tous les médias canadiens que le crash du vol 111 de la Swissair est un accident dû à une défaillance du câblage électrique. Un porte-parole de Transports Canada, Julie Leroux, a déclaré: «Durant l’analyse, un expert, Jim Brown, a trouvé du magnésium et d’autres éléments sur certains de ces fils. Il a conclu qu’une faible présence de magnésium était le résultat d’une longue exposition à l’eau de mer». Une autre porte-parole de la GRC, Julie Gagnon, a pour sa part assuré à l’Agence de presse canadienne que les allégations de monsieur Juby avaient été examinées et que la GRC maintenait ses conclusions». Qui plus est, la conseillère des questions éthiques de la GRC, Sandra Conlin, avait déjà répondu en 2008 à Tom Juby lui disant que ses notes étaient des «hypothèses et des théories personnelles». L’affaire Swissair n’en a pas moins pris une tournure politique. Dans une entrevue au quotidien montréalais The Gazette, Joe Comartin a conclu: «(les autorités) doivent rapidement dire pourquoi ils n’ont pas poursuivi l’enquête que (Tom Juby) recommandait».

A noter que le documentaire ne sera pas diffusé en Suisse. Interrogé par l’ATS à ce sujet , le rédacteur en chef de la Télévision alémanique, Diego Yanez, a répondu: «Ce n’est pas notre devoir de propager des spéculations». La TSR ne prévoit pas de monter une version française.

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