En 2014, les Vaudois ont perdu une bataille, mais pas la guerre. Ils étaient 56% à se prononcer en faveur d’une caisse unique, projet enterré par le peuple suisse à 62%. Ils décident aujourd’hui de revenir avec un projet cousin: une initiative, lancée par le député socialiste Stéphane Montangero, demandant un changement de la loi sur l’assurance maladie (LAMal) afin de laisser aux cantons la possibilité de créer une institution cantonale. Le Conseil d’Etat à majorité de gauche la soutient, le PLR s’en désole.

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Le Temps: Stéphane Montangero, c’est un signal fort que le Conseil d’Etat vaudois vous soutienne?

Stéphane Montagero: Oui, d’autant plus qu’il utilise un certain nombre d’arguments qui sont aussi les nôtres. Le gouvernement vaudois dénonce ces problèmes d’augmentation des primes depuis plusieurs années. Car les primes sont un vrai problème de pouvoir d’achat des ménages. En 1996, lorsque la LAMal a été instaurée, le Conseil fédéral disait qu’il ne fallait pas que les primes représentent plus de 8% du revenu disponible. Nous en sommes à 14%. Ce n’est plus supportable. En général, les années d’élections fédérales, l’augmentation est réduite… pour reprendre de plus belle l’année d’après. Nous vivons dans un pays qui a un super système de santé, mais il faut voir les améliorations que l’on peut y apporter et la caisse publique en est une.

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Est-ce que cette initiative sera présentée au peuple?

Pas forcément puisqu’il n’y aurait pas de modification de la Constitution. L’initiative va désormais passer en commission puis en plénum du Grand Conseil avant d’être envoyée à Berne dans les deux Chambres. Ce qui est possible, c’est que les assureurs lancent un référendum. On verra alors ce que le peuple en dit.

En quoi la caisse publique est-elle différente de la caisse unique?

La caisse unique et sociale était la première initiative qu’on avait lancée, avec l’idée de n’avoir plus qu’une seule caisse pour tout le pays, ainsi que des primes proportionnelles aux revenus. Le but de cette nouvelle initiative est de donner la possibilité aux cantons qui le souhaitent de pouvoir mettre sur pied une caisse publique cantonale. S’il est accepté par les Chambres fédérales, le texte modifierait la LAMal. En Suisse romande, Vaud, Genève et Neuchâtel sont intéressés par ce genre de caisse publique.

En quoi une caisse publique cantonale freinerait l’augmentation des primes?

Le premier bénéfice serait de réduire les réserves. Contrairement au deuxième pilier qui vous suit lorsque vous passez d’un employeur à un autre, ce que l’on cotise pour les assurances maladie sont des réserves qui restent attribuées à la caisse. On aurait également une compensation plus efficace des risques entre les assurés vaudois, les différences de primes injustifiées et la chasse aux bons risques prendraient fin.

Une bonne nouvelle pour les assurés que les assurances ne veulent pas prendre?

Exactement, quel que soit l’état de santé de la personne, elle sera acceptée. Normalement, dans l’assurance de base, tout le monde devrait l’être, c’est assez scandaleux de voir des assureurs trouver des arguments pour exclure certaines personnes. On arrêterait d’aller démarcher activement les jeunes de moins de 30 ans en pleine santé et de faire des tracasseries administratives à des personnes un peu plus âgées. On aurait une mutualisation des risques. Un autre point: avec un système de caisse publique, il y aurait un réel atout à faire de la prévention, puisque l’on trouverait le retour sur investissement assez rapidement.