Genève

Une campagne de recrutement des TPG est stoppée net

Une large promotion publicitaire sur les bus et les réseaux sociaux visant à engager des chauffeurs aurait dû démarrer il y a quelques jours. Elle a été bloquée par le conseiller d'Etat Serge Dal Busco, alerté par son collègue Mauro Poggia, intransigeant sur la préférence cantonale

A Genève, on ne plaisante pas avec la préférence cantonale à l’embauche. Les Transports publics genevois (TPG) l’ont appris à leurs dépens il y a quelques jours. Ils avaient prévu une large campagne publicitaire de recrutement de chauffeurs, elle a été stoppée net. Ainsi en a voulu le Département de l’emploi de Mauro Poggia, et le Département des infrastructures de Serge Dal Busco n’a pas sourcillé, tout au contraire.

La campagne aurait dû s’afficher sur les trams et les bus, ainsi que sur les réseaux sociaux, dès ce mois de septembre. «Il s’agissait de visuels sympas et incitatifs, comparables à ceux d’autres villes suisses, comme à Zurich notamment», raconte la présidente du conseil d’administration des TPG, Anne Hornung-Soukup. C’était sans compter la vigilance d’un des syndicats des TPG, qui en informe par la bande le député MCG membre du conseil d’administration Thierry Cerutti.

Priorité aux chômeurs résidents

Lequel alerte Mauro Poggia, ardent défenseur de la priorité cantonale à l’embauche, dont le sang n’a fait qu’un tour: «Les TPG n’en avaient pas informé Serge Dal Busco, considérant probablement que c’était une décision opérationnelle, explique le ministre. Quand je le lui ai appris, il a fait bloquer la campagne. S’est ensuivie une séance avec la régie et l’Office cantonal de l’emploi (OCE), où ce dernier a fait valoir qu’il était capable de trouver des personnes supplémentaires.»

Apparemment, les deux conseillers d’Etat sont sur la même longueur d’onde: «Redorer l’image de la profession est louable, mais il faut d’abord que les directives du Conseil d’Etat soient appliquées», fait savoir Serge Dal Busco. Autrement dit, exploiter au maximum le potentiel d’embauche des chômeurs résidents.

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«Redorer l'image de la profession»

Les TPG engagent 40 à 50 conducteurs par an pour remplacer les départs. Depuis 2014, un arrangement fait de l’OCE un partenaire privilégié, genre agence de placement, avec une personne dédiée à la régie autonome. Il est parvenu à fournir 60% des besoins en nouveaux chauffeurs depuis le début de l’année, le restant provenant de candidatures spontanées. Comment procède-t-il? L’Office identifie les candidats chômeurs intéressés et effectue un premier tri. Un système qui fonctionne à satisfaction, nous dit-on.

Alors, pourquoi avoir lancé cette campagne de recrutement? «D’abord, nous devons augmenter le nombre d’engagements par année à plus de 70, ce que l’OCE entend désormais nous fournir, explique Anne Hornung-Soukup. Ensuite, nous souhaitions redorer l’image de cette profession, et surtout attirer des femmes qui, sinon, n’auraient peut-être pas imaginé que ce travail pourrait leur convenir. La suspension de la campagne n’est pas un drame, mais c’est dommage.»

Des arguments qui n’ont pas eu l’heur de plaire à l’OCE, se figurant peut-être que la chose est de sa seule prérogative, et encore moins à Mauro Poggia, jamais en retard d’un coup possible sur le dossier très porteur de la préférence cantonale: «Il est évident qu’une campagne sur les réseaux sociaux a pour but de toucher largement au-delà du bassin genevois. Or c’est exactement ce que nous voulons éviter.» Fin de la campagne, fin de l’histoire.

«Certains veulent engager des frontaliers»

Vraiment? Certains se demandent, sous couvert d’anonymat, si la direction possède encore une marge de manœuvre opérationnelle. Au conseil d’administration, les antagonismes se font front: «Certains veulent engager des frontaliers en prétendant qu’on ne trouve plus de compétences locales, un grossier mensonge», assène Thierry Cerutti.

En face, Antoine Vielliard, également maire de la commune française de Saint-Julien-en-Genevois, crie au sectarisme et fait aussi valoir que le taux de croissance des TPG dans le Genevois français est de 10%: «Soit les TPG s’obstinent dans la préférence cantonale et ils cessent de lorgner le marché français. Soit ils laissent tomber la discrimination et deviennent un acteur de référence du Grand Genève.»

Ce n’est pas la seule pierre d’achoppement. D’autres s’inquiètent aussi de ce que les syndicats seraient tout-puissants, «passant commande» de tant de conducteurs supplémentaires sans qu’il leur soit opposé le moindre refus, dans la crainte des menaces de grève dont ils sont coutumiers. Avec ou sans campagne – dont on ne sait d’ailleurs pas ce qu’elle a coûté, les TPG se refusant à communiquer –, la sérénité n’est pas de mise.

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