Avant même la première visite officielle en Suisse d’un président russe – Dmitri Medvedev sera reçu à Berne le 21 septembre –, la Russie recevra dans quelques jours la première visite officielle d’un président vaudois.

Le conseiller d’Etat Pascal Broulis prendra la tête de l’importante délégation vaudoise qui se rend à Moscou de dimanche à mercredi. Une démarche dont l’ampleur est sans doute sans précédent pour un canton romand.

Délégation majeure

Pas moins de trois conseillers d’Etat sont du voyage (les autres sont Anne-Catherine Lyon et Jean-Claude Mermoud), ainsi que le syndic de Lausanne, Daniel Brélaz, et la conseillère aux Etats Géraldine Savary. Tout comme le président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), le recteur de l’Université, le président de la Banque cantonale (BCV), le directeur général du Centre hospitalier universitaire (CHUV), les patrons de l’Ecole cantonale d’art (ECAL), du Musée de l’Elysée et du Festival de jazz de Montreux. Une quarantaine d’entreprises vaudoises participeront à haut niveau à cette délégation, parmi lesquelles Kudelski, Jaeger-LeCoultre, Edipresse, Losinger ou Sapal.

La volonté du Conseil d’Etat d’associer les entreprises, c’est ce qui a permis de «transformer une fête du 1er Août en grand voyage», selon l’expression de Pascal Broulis. Ces dernières années, des délégations valaisanne, genevoise et zurichoise s’étaient rendues en Russie à l’occasion de la fête nationale, à l’invitation de la diplomatie suisse, mais sans que cela prenne la forme d’une telle ambassade.

Affirmation du canton de Vaud à l’extérieur, recherche de marchés à fort potentiel de croissance, proclamation d’un désir de partenariat privilégié avec la Russie: il y a de tout cela dans le voyage officiel vaudois, au cours duquel de nombreux liens culturels et historiques seront évoqués.

Indépendamment des accords qui pourraient être conclus durant cette visite, dans le domaine commercial notamment, cette démarche inédite veut s’inscrire dans un travail à long terme portant sur les échanges économiques et commerciaux, la recherche, l’innovation, le tourisme et le sport.

«Comme entreprise citoyenne, il était naturel que nous participions à une initiative de cette taille pilotée par les autorités», note ainsi Daniel Herrera, le porte-parole de Kudelski. Une entreprise qui est également intéressée à s’étendre sur un marché russe où elle est déjà présente, notamment dans le domaine du contrôle des accès physiques (stades, stations de ski, bâtiments officiels).

«Grande visibilité»

De même que les secteurs du luxe et de l’hôtellerie, les cliniques sont représentées en force dans la délégation. «Nous comptons bien profiter de la grande visibilité de cette présence», explique Dominique Carrupt, directeur de la Clinique La Prairie, qui compte déjà près de 18% de Russes dans sa clientèle.

Les écoles privées, en revanche, ne se sont pas montrées intéressées, du fait qu’elles ne seraient déjà plus en mesure de répondre aux demandes venant de Russie.

L’organisation de ce voyage a été confiée, sur appel d’offres, à l’agence Farner et à son directeur, Marc Comina.

Le budget est d’environ 1,2 million de francs, assuré par un partenariat public-privé à parts égales. Le financement public provient du canton de Vaud (400 000 francs), de la Ville de Lausanne (100 000 francs), ainsi que d’une contribution de Pro Helvetia. Les entreprises participant au voyage ont assuré des contributions de 10 000 à 50 000 francs, en cash ou en nature, en échange des prestations et de l’écho médiatique offerts sur place. Après un séminaire d’introduction au marché russe, des rencontres «business» doivent favoriser la recherche de partenaires entre entreprises vaudoises et russes, par l’entremise de la Chambre du commerce et de l’industrie de Moscou, organisme rattaché à l’administration de la capitale.

Sur le plan politique, des rencontres sont prévues avec la mairie de Moscou ainsi qu’avec des parlementaires russes. Le programme comprend aussi l’inauguration d’une exposition de l’ECAL, «Crystal Show», la présentation par le Musée de l’Elysée des photographies de Pierre Gilliard, précepteur du dernier tsarévitch, un colloque historique sur «Les Vaudois et la Russie», ainsi que la visite de l’Université technique de Moscou.

«Nous ne répéterons pas forcément l’opération en Australie ou aux Etats-Unis, assure Pascal Broulis. Le canton de Vaud est historiquement russophile.»