Ils sont arrivés dans deux wagons marchandises à la gare d'Ostermundigen, en banlieue de Berne. Chichement habillés, dormant sous des couvertures de l'armée et nourris au compte-gouttes, ces adolescents viennent de passer trois jours d'errance avant de trouver un «pays d'accueil sûr», symbolisé par le camp qu'ils construisent eux-mêmes depuis mardi aux abords de la capitale fédérale.

Mise en scène grossière du parcours du réfugié en Suisse ou expérience instructive pour mieux assimiler les enjeux de la politique d'asile: la question est posée aux organisateurs de cette semaine pédagogique particulière, placée sous l'égide d'une association évangéliste alémanique. Les quotidiens bernois apportent un début de réponse: ils ont consacré mardi des reportages plutôt positifs à cette action de sensibilisation agendée avant le drame du Kosovo.

Débordés par la curiosité des médias, les organisateurs demandaient mercredi de pouvoir achever leur camp à l'abri du regard des journalistes. Les 110 participants âgés de 13 à 16 ans «risquent de passer à côté de l'expérience s'ils doivent poser pour les médias», nous a expliqué l'un des 37 accompagnants. Les jeunes volontaires ont effectivement autre chose à faire. Ils semblent se soumettre sans broncher au jeu de rôles, estimant que les «vrais» réfugiés connaissent un sort autrement plus «extrême». Ils participent chaque jour à des débats religieux axés sur la thématique de la fuite. Ils doivent également rencontrer des professionnels de l'asile ainsi que des requérants assignés au centre de premier accueil d'Ostermundigen. «Nous ne jouons pas avec la misère», se défend un des responsables dans les colonnes du Bund. Il estime que la «Teenie-Generation» actuelle a besoin d'«expérimenter pour apprendre».

L'approche de ces jeunes chrétiens bénéficie du soutien moral du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) auprès de l'ONU. A Genève, une porte-parole confirme que le projet a été soumis à l'organisation internationale: «Nous soutenons ce type de démarche, susceptible de rendre plus concrète la perception du sort des réfugiés auprès de la nouvelle génération.»

A l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés, Suzanne Auer, spécialiste des Balkans, suit à distance mais avec intérêt la Pionierwoche d'Ostermundigen: «Un tel camp doit être accompagné d'une information soutenue sur la réalité cruelle et brutale vécue par les réfugiés de guerre. Il faut éviter que cela devienne synonyme d'aventure ou de jeu dans la tête des adolescents.» Ces précautions semblent avoir été prises puisqu'un spécialiste de la Croix-Rouge, lui-même réfugié, a participé aux préparatifs du camp. Il estime qu'il ne bafoue en aucun cas la dignité des victimes réelles. A plus petite échelle, de tels jeux de rôles sont d'ailleurs régulièrement organisés par le HCR dans les écoles de Suisse depuis une année.