La jeune femme aux petites tresses est arrivée il y a six mois en Suisse en provenance du Kenya, et s’est retrouvée enfermée après un mois déjà au centre de renvoi de l’aéroport de Zurich-Kloten. «J’essayais de survivre à Zurich quand j’ai été arrêtée. C’est vraiment dur. L’endroit est confortable, mais c’est une prison. J’avais le rêve de pouvoir rester et gagner de l’argent, j’ai une fille de 12 ans au pays.» Son seul crime est de n’avoir pas de papiers en règle pour séjourner en Suisse. Comme la quasi-totalité des 92 personnes actuellement en détention administrative dans la prison de l’aéroport en vue d’une éventuelle expulsion.

Assailli par les demandes des médias avant la votation sur l’initiative de l’UDC qui demande le renvoi des étrangers criminels, le Département de justice du canton de Zurich a organisé lundi une visite du centre de renvoi de la prison de l’aéroport. Demandeurs d’asile déboutés, immigrés sans papier qui tentaient leur chance, les détenus font partie des quelque 20% d’étrangers qui n’ont plus le droit de séjourner en Suisse et qui refusent de quitter le pays d’eux-mêmes.

«Ces détenus sont là le temps que l’on puisse établir leur identité avec certitude et leur fournir des documents de voyage. Ils ont été arrêtés pour empêcher leur disparition dans la nature», explique Victor Gähwiler, directeur de toutes les prisons du canton. Ils sont soumis à un régime ouvert de détention. Droit de visite cinq jours par semaine, possibilité de téléphoner et écrire à l’extérieur sans surveillance, cellules ouvertes pendant la journée. En 2010, 32% des détenus provenaient du Nigeria, suivis par l’Irak (16%) et la Chine (9%).

Un «oui» à l’initiative UDC réclamant l’expulsion des étrangers délinquants ne changerait probablement pas grand-chose à la composition de la population de cette prison ouverte en 1996 en bordure des pistes. Victor Gähwiler précise: «Dans le cas d’un détenu condamné pénalement qui serait frappé d’une mesure d’expulsion, il est possible d’organiser les papiers et son retour pendant sa réclusion. Même si la décision d’expulsion ne tombe pas tout de suite, car elle est aussi liée au comportement en prison.»

Victor Gähwiler insiste: «Nous sommes seulement responsables de la prise en charge de ces détenus. La décision de l’expulsion est prise par l’Office cantonal des migrations, la police cantonale est responsable d’exécuter cette mesure.»

Inutile donc de poser des questions sur les conditions qui ont conduit à la mort d’un Nigérian de 29 ans en mars dernier ( LT du 19.03.2010) alors qu’il allait être emmené de force sur un vol spécial. Le Département cantonal de la sécurité, qui est compétent, n’a pas voulu être représenté.

Arrachés à leur cellule en pleine nuit

Victor Gähwiler confirme quand même que les détenus, dans la plupart des cas, sont arrachés à leur cellule en pleine nuit. «Est-ce mieux de leur annoncer leur expulsion plusieurs jours à l’avance? Les avis sont partagés», reconnaît-il. Pour le moment, les détenus n’ont pas à craindre d’être réveillés par surprise. Depuis mars dernier, les renvois forcés ont été suspendus. Une situation qui pourrait encore durer avec l’arrivée d’une nouvelle cheffe à la tête du Département fédéral de justice et police. Simonetta Sommaruga voudra certainement prendre le temps de faire le tour de la question avant de donner son feu vert à une procédure très contestée. Dès janvier 2011 (LT du 13.10.2010 ), les vols spéciaux affrétés par la Confédération pour expulser les étrangers récalcitrants devront être accompagnés par des observateurs indépendants. Une exigence à laquelle doivent se plier les Etats Schengen. Jusqu’à maintenant, seule l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) s’est dite prête à accepter un tel mandat.

Si la situation devait se prolonger, la prison de l’aéroport de Zurich, comme les autres centres de renvoi en Suisse, dont celui de Frambois à Genève pour les cantons romands, pourraient bientôt déborder. Une partie devrait alors être libérée. Maintenant déjà, toutes les personnes arrêtées en vue d’un renvoi ne sont pas expulsées. Un quart environ des détenus sont remis en liberté (116 sur 299 en 2010). Parce que leur pays d’origine fait des difficultés pour les reprendre. Ou parce qu’un renvoi dans un délai raisonnable n’est pas possible. Car la limite maximale de détention est fixée à 24 mois, bientôt 18 mois. Ces six dernières années à la prison de l’aéroport, la durée moyenne de détention était de 74,2 jours. Soit en moyenne des coûts de 13 000 francs par personne.