Lignes endommagées, trains en rade, passagers en attente: la panne qui a bloqué vendredi le trafic CFF entre Lausanne et Genève a inspiré Silvio Munari. Professeur ordinaire d'économie à l'Université de Lausanne, il donne des cours sur les systèmes d'information et de gestion des réseaux. Par ailleurs, c'est un passionné de chemins de fer.

«La pagaille» qu'il a observé in vivo vendredi matin l'a poussé à rédiger un texte où il tire quelques enseignements sur la manière dont l'ancienne régie organise et contrôle le va-et-vient de plus de 6500 convois journaliers transportant des passagers.

Silvio Munari doute du bien-fondé de la centralisation en vogue aux CFF. Actuellement, pour l'ensemble de la Suisse occidentale, cinq centrales -dont une est basée à Lausanne - pilotent l'ensemble des mouvements.

Mais, dans le cas d'un accident majeur, selon le professeur Munari, une gestion décentralisée, proche du terrain et autonome répond de manière plus efficace à l'urgence de la situation. Non pas du point de vue strictement technique - une équipe était sur les lieux de la panne une demi-heure après l'événement, précise Jean-Louis Scherz, porte-parole des CFF- mais sur le plan de la maîtrise de la circulation et des issues possibles face à l'interruption. Comme l'utilisation de locomotives diesel, présentes à proximité, pour tracter les convois immobilisés.

A première vue, concède-t-il, une vision globale de l'ensemble des facteurs en jeu semble plus pertinente; c'est d'ailleurs la position défendue par les CFF. Mais le manque de personnel, à la tête du système comme à sa périphérie, risque à tout moment de rendre le dispositif inopérant, relève Silvio Munari. «L'accroissement de la rentabilité» via un surplus de moyens matériels ne sera pas suffisant pour contrer ces phénomènes quand ils se produisent, insiste-t-il.

Le calcul de cette rentabilité, poursuit le professeur, ne tient d'ailleurs pas compte «des pertes encourues par les usagers» impliqués dans ce genre de perturbations. Notamment quand la communication et l'information «sont lacunaires», laissant les passagers dans l'incertitude trop longtemps. En somme, Silvio Munari, sans nier la nécessité de la troisième voie sur l'axe Lausanne-Genève, plaide en faveur «d'une meilleure exploitation des infrastructures existantes par une organisation plus appropriée».