Défis technologiques

Une clé pour la Genève internationale 4.0

Le Conseil fédéral, le canton et la ville de Genève donnent naissance à la fondation Geneva Science and Diplomacy Anticipator, censée devenir l’un des piliers de la Genève internationale au XXIe siècle. Peter Brabeck et Patrick Aebischer la pilotent

Comment préparer la Genève internationale aux défis du XXIe siècle, qui se caractérisent par une formidable accélération des interactions entre les progrès technologiques et la société? L’ancien ministre des Affaires étrangères Didier Burkhalter s’était penché sur la question. Il avait créé un groupe de travail «Genève +», dont il avait confié la conduite à l’ancien conseiller national et président du PLR Fulvio Pelli. Ignazio Cassis a repris ce dossier.

Après avoir vaincu les hésitations du gouvernement, il lui a fait franchir une étape supplémentaire: le Conseil fédéral, en accord avec le Conseil d’Etat genevois et la ville de Genève, a décidé mercredi de créer une fondation dont la mission consiste à anticiper les changements technologiques et leur impact sur la société et la politique. Les réflexions qui entourent la genèse de ce projet s’inspirent ouvertement de celles de l’historien et futurologue israélien Yuval Noah Harari, auteur du best-seller 21 leçons pour le XXIe siècle.

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«La fondation Geneva Science and Diplomacy Anticipator (GSDA) ne doit pas être un exercice alibi. C’est pour cela que nous avons décidé de placer à sa tête des personnalités de haut rang», souligne Ignazio Cassis. Le président est l’ancien patron de Nestlé Peter Brabeck, qui officie ici au titre de «simple citoyen», insiste-t-il. Le vice-président est l’ancien président de l’EPFL, Patrick Aebischer. Le conseil de fondation sera complété par sept autres membres qui seront recrutés dans les univers de la science, de l’économie et des relations internationales, précise Peter Brabeck. Et la direction sera «petite et compétente». La fondation prendra ses quartiers dans des locaux qui seront choisis en accord avec les autorités genevoises.

Un partenariat public-privé

La Confédération investira un million par an pendant la phase pilote, qui durera jusqu’en 2022. Le canton et la ville de Genève envisagent d’injecter 100 000 francs par an chacun durant la même période, sous réserve de l’approbation par leur législatif respectif. Un fonds d’impact sera créé, dans lequel des mécènes privés pourront verser leur propre obole.

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Cet instrument s’ajoute à la panoplie internationale de la ville du bout du lac, où se trouvent déjà 37 organisations internationales, les représentations de 177 Etats membres de l’ONU (cinq nouvelles se sont ouvertes en 2018: Fidji, Malawi, Guyana, Vanuatu et Gambie), plus de 380 ONG et plus de 30 000 fonctionnaires. Mais Genève, où le coût de la vie est élevé, est de plus en plus sous pression de sites concurrents. «Il ne se passe quasiment pas une semaine sans qu’une organisation se pose la question de sa présence à Genève», prévient Ignazio Cassis. D’autres villes, comme Copenhague, Vienne ou New York, tentent d’attirer les grandes agences internationales.

«On vit une accélération sans précédent»

La naissance de la fondation GSDA poursuit ainsi un double but: identifier suffisamment tôt les «thèmes émergents qui vont occuper la scène mondiale ces prochaines décennies» et éviter que les règles de gouvernance, par exemple sous la forme de conventions, qui devront encadrer ces thématiques ne soient établies ailleurs qu’à Genève.

Quels sont ces thèmes? La liste est longue: édition du génome humain, impact des avancées de la génétique sur la médecine ou l’agriculture, influence de l’intelligence artificielle sur le monde du travail, big data, convergence des technologies de l’information, des biotechnologies, des nanotechnologies, des sciences cognitives, etc. «L’idée est d’identifier et de lancer deux projets phares dans les trois ans qui viennent», résume Ignazio Cassis.

«On vit une accélération sans précédent. Cyberattaques, véhicules autonomes, taxis volants, intelligence artificielle: regardez la vitesse avec laquelle les recherches technologiques passent dans la société. Il s’agit pour nous de constituer un réseau capable de voir ce qui se fait dans les grands laboratoires et d’encadrer l’utilisation de ces innovations par une gouvernance appropriée. La Genève internationale est l’endroit idéal pour discuter de cela. Il y a autour d’elle de grandes académies qui sont déjà en réseau», argumente Patrick Aebischer.

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Priorités redéfinies

La GSDA doit devenir l’un des principaux piliers sur lequel s’appuiera la Genève internationale 4.0. Cela ne veut pas dire que les autres seront affaiblis, mais certaines priorités vont changer. Mercredi, le Conseil fédéral a approuvé le prochain crédit-cadre quadriennal. Il sera de 111,8 millions pour les années 2020 à 2023. C’est moins que les 117,2 millions pour la période 2016-2019.

Certaines activités seront moins soutenues, par exemple les projets immobiliers des organisations internationales – les grands chantiers de rénovation sont en cours de réalisation – ou les efforts déployés pour attirer des centres de réflexion (think tanks) au bout du lac. D’autres seront en revanche développées, comme le soutien à l’organisation de réunions diplomatiques visant à résoudre des crises.

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